« Notre succès vient de notre management libérant », témoignage de deux dirigeants

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Deux sociétés françaises lient leur succès à leur fonctionnement « d’entreprises libérées » et expliquent comment des fonds ont pu être levés sans compromission de leur raison d’être.

Duc HA DUONG et Christophe BAILLON au Club How

Duc HA DUONG et Christophe BAILLON

Duc HA DUONG, d’OFFICIENCE et Christophe BAILLON, de SOGILIS, deux entreprises libérées, partagent leur expérience lors d’une réunion du Club HOW, organisée par Yves CAVAREC, le 5 juillet 2017 dans les locaux de Bpifrance.

Duc HA DUONG a co-fondé Officience en 2006.  Cette société de services informatiques franco-vietnamienne compte aujourd’hui plus de 300 salariés. En 2013, l’entreprise fait le choix de devenir une tribu sans hiérarchie, sans managers.

Pourquoi ce choix d’entreprise libérée ?

Suite aux difficultés managériales rencontrées avec l’équipe locale au Vietnam, Duc décide avec ses associés de définir les raisons d’être de leur engagement dans cette entreprise. Afin de faire face à la crise et d’unir leurs forces, ils avaient besoin de comprendre les motivations profondes de chacun. Sont cités le Vietnam, l’économie collaborative (au sens de « shared value » de Michael PORTER), le développement durable, la confiance et une vision du monde partagée par la tribu.

Ces leitmotivs sont alors entérinés dans une charte avec 5 objectifs :

Objectif 1 : développer le Vietnam

Le Vietnam a les moyens d’apporter une importante contribution au bénéfice de la société numérique.

Objectif 2 : encourager la mondialisation positive

Le progrès technologique et l’abolition des frontières sont des opportunités pour l’humanité dont il faut se saisir.

Objectif 3 : créer de la valeur partagée

Les entreprises aujourd’hui se doivent de créer autant de valeur pour la société que pour leurs actionnaires.

Objectif 4 : penser et agir durable

Respecter l’environnement n’est pas qu’une simple option, mais une condition de survie à long terme dont il faut se soucier aujourd’hui.

Objectif 5 : partager le savoir

Partager ses connaissances est un devoir pour tous, porteur de paix et de compréhension mutuelle.

Les associés décident de se séparer de leurs responsables qui ne partagent pas ces valeurs.  Ils étaient en fait à l’origine des problèmes en ayant un management très hiérarchique, accordant peu d’autonomie aux équipes, et limitant l’innovation et surtout la prise des bonnes décisions.

Pour aller plus loin dans la libération, les associés décident d’adopter le modèle HOLACRACY de Brian ROBERTSON, issu lui aussi du monde de l’informatique et de l’IT, habitués aux méthodes agiles (SCRUMDESIGN THINKING).

Suite à la lecture du livre «Reinventing Organizations» de Frédéric LALOUX, Duc propose de simplifier encore l’organisation par la mise en place d’une hiérarchie plate. L’entreprise se redresse très rapidement, ce management libéré soulage les salariés, la hiérarchie leur pesait, ils s’engagent dans une culture commune.

D’autres entreprises renouent avec le succès, parce que libérées. Il en est ainsi de la PME française Chrono Flex, dont le redressement est relaté dans le livre de son fondateur Alexandre GERARD « le patron qui ne voulait plus être chef«  et résumé dans la courte vidéo ci-dessous. A l’origine, le patron de l’entreprise en difficulté a rencontré Jean-François ZOBRIST qui a libéré FAVI, PME Française dont vous pouvez découvrir l’histoire dans le livre au titre provocateur : « La belle histoire de Favi : l’entreprise qui croit que l’homme est bon« .

Il existe encore de nombreux exemples tels que HARLEY DAVIDSON, SOL, KIABI, DYNALEC, BIOCOOP… qui ont retrouvé la croissance grâce à ce management libérant. Et depuis peu des entreprises très connues comme MICHELIN, DANONE, DECATHLON, MAÏF, AUCHAN, ORANGINA… qui cherchent non plus à se redresser mais à passer de la performance à l’excellence, poussées par la révolution digitale et le risque généralisé d’ubérisation…

Vous pouvez écouter le témoignage de Duc sur son expérience de libération de son entreprise :

Après ce 1er témoignage de Duc, Christophe BAILLON évoque celui de SOGILIS, entreprise qu’il a fondé en 2008.

Ses logiciels sur-mesure tendent vers le zéro défaut avec un coût de maintenance très réduit à long terme. Chez SOGILIS, les initiatives stratégiques viennent des employés, pas de la direction.

Pourquoi ce choix d’un management libérant ?

Fruit d’une discussion entre salariés à la machine à café, l’idée de la vidéo automatique via un drone est approfondie. Les salariés lancent une campagne de financement via Kickstarter, avec succès (elle est relayée sur BFM et attire le soutien de Xavier NIEL…)

Constatant l’intérêt d’encourager les innovations pensées par les salariés, SOGILIS adopte un management libérant. Chacun prend les décisions adéquates après avoir consulté les personnes impactées, selon le modèle prôné par Frédéric LALOUX dans «Reinventing Organizations». Pourquoi ce modèle d’organisation est-il disruptif et innovant ? Autonomie, efficience, passion, enthousiasme du client, épanouissement des salariés, recrutement par les équipes, entretiens individuels lean. Tous les avantages sont expliqués en vidéo :

Ce sont les équipes qui ont poussé l’entreprise à investir à Grenoble, Lyon, Melbourne, Paris et même à créer de nouvelles pousses : Squadrone Système (drones), Startup Maker (studio de startups) et Hionos (autopilotes pour drones civils).

Comment financer ces projets ?

Pour financer la croissance, Christophe est passé sur Indiegogo et Kickstarter. Il recommande aussi Wesharebonds qui permet de financer des projets en crowdfunding (financement participatif) pour PME.

De son côté, pour gérer la croissance d’Officience, Duc recherche des partenaires financiers. Il se heurte à un paradoxe : pour les investisseurs, la notion d’entreprise libérée est un fantasme et un risque de désorganisation et de chaos ; elle est pourtant à l’origine du redressement ! Duc recherche dès lors des solutions alternatives compatibles avec la notion d’entreprise libérée, comme Open collective, plateforme de financement participatif par abonnement. C’est une première réponse dans l’attente d’investisseurs réceptifs, sensibles à la cause défendue.

A l’heure actuelle, le monde traditionnel de la finance a des raisonnements court terme qui ont des conséquences sociales négatives. Chaque individu aura intérêt à s’intéresser aux objectifs éthiques des entreprises dans lesquelles il investit, faute de quoi, il encouragera, inconsciemment, via les assurances-vie ou les plans d’épargne en actions par exemple, l’immoralité des fonds d’investissement qui sont à l’origine de nombreuses liquidations, fusions et plans sociaux.

Mais la finance « classique » change. Sycomore asset management pense à faire du private equity dans des entreprises ayant un management libérant, avec le fonds « Happy at Work » de Sycomore. Cette société gère 5 milliards d’avoirs et veut démontrer que le sens peut être rentable financièrement.

Faut-il considérer que l’entreprise libérée est une action militante ou plutôt un meilleur modèle de gestion de l’entreprise, plus rentable, y compris à court terme ? Le monde de finance va certainement changer de paradigme. Leur instrument de mesure est le résultat à court terme. Or, le modèle libéré crée de la valeur à moyen terme. Faisons un parallèle avec l’agriculture biologique car elle est en apparence moins rentable que l’agro-industrie. Comme elle n’épuise pas les ressources, elle a une longévité potentiellement plus importante, ce qui augmente la valeur des entreprises qui la mettent en oeuvre. La sphère financière est en train d’évoluer vers une vision à plus long terme : la révolution du monde de la finance va sans doute faire décoller les modèles libérants rapidement.

Si ces témoignages vous interpellent et vous souhaitez devenir membre du Club How, vous pouvez accéder au bulletin d’adhésion en ligne via le lien : Club How

D’autres ressources sont disponibles, ainsi la présentation en vidéo du livre du fondateur de l’association Yves CAVAREC, « L’entreprise du vivre ensemble« .

Si vous voulez avoir un aperçu de la première réunion de l’association, voici une petite vidéo de 3 minutes :

Si vous voulez retrouver l’intégralité de l’échange de la deuxième réunion :

Pour plus d’informations ces sujets, vous pouvez consulter le blog de l’entreprise Officience dont l’exemple a été décrit en première partie. Et pour ceux que l’entreprise libérée intéresse, je vous recommande cette courte vidéo de Frédéric LALOUX :

Enfin, un reportage a été consacré par France 2 en 2012 à l’installation de Duc au Vietnam, vous pouvez le regarder en différé :

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