Avocats vs IA. Et si Aquitator devenait réalité ?

Avocats vs IA : Aquitator bientôt réalité ?

Comme le disait Maël Gohaud dans son article « L’essor des legaltechs : bienvenue au Far West du droit », que je vous invite à lire ou à relire, aujourd’hui, tous les secteurs sont confrontés au digital, donc potentiellement en passe d’être disruptés. Il en va ainsi des métiers du Droit et notamment celui d’avocat avec l’IA. Mais comprenons-nous bien…

Nous ne verrons pas demain de jeunes trentenaires en sweatshirts et baskets déambuler dans nos Palais de Justice en lieu et place de nos majestueux hommes à la robe noire. Non, mais cette robe ne pourrait-elle pas devenir, dans les années à venir, un simple vestige folklorique ? Le totem d’une profession jadis sacralisée et désormais brocardée. Un métier vidé d’une grande partie de sa substance par l’IA. En effet, il semblerait que même les professions expertes auxquelles on accède à minimum Bac+5 n’échapperont pas à une forme de « substitution logicielle », comme l’appelle Bill Gates.

La substitution logicielle, qu’elle concerne les chauffeurs, les serveurs ou les infirmières, progresse. Sur la durée, la technologie va réduire la demande en emplois, particulièrement au bas de l’échelle des compétences. Dans 20 ans, la demande de main-d’œuvre pour beaucoup de compétences sera substantiellement plus faible. Je ne pense pas que ce soit intégré dans le modèle mental des gens.

Bill Gates, Microsoft

Avocats vs IA : Le soulèvement des machines

Les nouveaux grands noms du Barreau

Ross, Peter et Liza seront, d’ici quelques années, les nouveaux grands noms du Barreau et pourtant ils n’auront pas foulé une seule fois le sol des amphis de la Fac de Droit. Normal, ces génies sont des IA. Ross est le petit frère du célèbre Watson d’IBM, parvenu, en 2011, à battre les humains au jeu télévisé « Jeopardy! », classique de la télévision américaine, et lui-même descendant de Deep Blue, vainqueur du champions d’échecs Garry Kasparov en 1997.

Peter est un avocat virtuel spécialisé dans la création de start-up créé par Louison Dumont, crack de l’informatique expatrié aux USA. Liza, quant à elle, le « premier avocat robot » développé par l’entreprise française Yperlex. Trois exemples de l’incursion de la technologie et du machine learning dans ce secteur d’activité. Et les résultats sont là. En effet, comme l’indique Marine Miller dans son article « Les robots ébranlent le monde des avocats », en Angleterre, un chatbot revendique déjà avoir fait annuler plus de 160 000 contraventions. Comment donc rivaliser avec des technologies capables de parcourir 200 millions de pages en 3 secondes…

Mais que fait une IA telle que Ross ?

Avec cette capacité de « lecture » bien supérieure à ce que nous pourrions faire, Ross analyse en quelques minutes des milliers de documents juridiques. De plus, contrairement à un moteur de recherche, il ne se contente pas de fournir une liste de résultats. Non, il « comprend » la question qui lui est posée et développe de véritables arguments juridiques fondés sur les textes et la jurisprudence. Enfin, grâce à son système d’apprentissage automatique, il se nourrit de l’actualité. Il peut ainsi, au fur et à mesure, évaluer la pertinence de ses réponses et réajuster ses conseils.

Des machines dotées de prénoms, comme pour leur donner un côté sympathique, humain, et masquer un peu leur redoutable efficacité…

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Se recentrer sur la stratégie et le conseil

Cependant, face à l’IA, nombreux sont les spécialistes qui restent optimistes, la considérant comme une opportunité. Ainsi, Frédéric Sicard, bâtonnier de Paris, dit se réjouir de cette innovation. Les avocats vont pouvoir se recentrer sur la partie « noble » de leur métier : la stratégie et le conseil. De plus, cette technologie bénéficiera également aux stagiaires et jeunes collaborateurs. Ils pourront se libérer des tâches répétitives et ingrates de recherche, que la machine fera plus rapidement et plus précisément qu’eux.

Une opportunité qui se révèle ainsi économique, permettant de gagner du temps et donc de réduire les coûts. D’ailleurs, sur ce dernier point, l’IA bénéficiera directement au client. La diminution des coûts pour l’avocat entrainant une diminution des tarifs. Il serait ainsi appelé à franchir plus facilement la porte du cabinet. Cabinet où les professionnels seraient désormais en capacité de se consacrer davantage à la relation-client.

S’adapter, se former, dès maintenant

Pour que cela soit une réelle opportunité, il faudra toutefois que le métier d’avocat se réinvente. Comme le dit le Dr Laurent Alexandre, avec l’IA « ce ne sont pas les métiers qui disparaissent, c’est la forme sous laquelle on les pratique aujourd’hui ». Ainsi il apparait important de s’emparer dès à présent du sujet et d’en faire une force pour l’avenir.

Que doit donc faire la profession face à ce défi ? En premier lieu, redéfinir, avec les universités et centres de formation, les programmes de formation. Les débarrasser des apprentissages liés à des tâches routinières, qui seront demain réalisées bien plus efficacement par l’IA. Axer l’enseignement sur « des compétences pointues au premier rang desquelles l’adaptabilité, la flexibilité, autrement dit la capacité à apprendre » (Dr Laurent Alexandre, La Guerre des Intelligences, JC Lattès, 2017). Puis, en aidant les structures les plus fragiles à évoluer, notamment pour redéfinir leurs relations avec les jeunes avocats et les stagiaires, avec leurs partenaires et leurs clients.

C’est à ce prix qu’il serait possible de faire recours au Jugement Dernier…

Avocats vs IA : Renaissance

Un changement de pratiques

La problématique de l’IA n’est donc pas simplement technologique, elle est plus profonde. Elle suggère une rupture dans les pratiques des clients, comprise par les legaltechs. Pour Kami Haeri, co-auteur d’un rapport sur l’avenir de la profession d’avocat, « le numérique nous amène […] à une forme de désacralisation du métier d’avocat. Nous devenons, à certains égards, des commodités ». Rédiger un contrat ou trouver réponse à une question se fait désormais en quelques clics sur Internet. Alors quelle mission pour lui ?

Il lui faudra se recentrer sur la complexité des relations humaines. Des relations reposant sur le dit et le non-dit, sur l’écrit et sur des codes implicites. L’art de la Justice repose sur la psychologie et l’écoute de l’autre. La plaidoirie, sur l’art de convaincre tant par le verbe que le comportement, sur la capacité à adapter son argumentaire à l’interlocuteur. Des subtilités qui en appellent à la créativité, chose qui échappe encore à la machine.

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Et de l’éthique

C’est donc toute cette humanité qui donnera un futur à l’avocat. Toute cette humanité qui le fera complémentaire de l’IA, car celle-ci n’a pas de déontologie, pas d’éthique. L’état actuel des legaltechs se concentre sur la rédaction de smart contrats, mais les algorithmes de justice prédictive pointent déjà le bout de leur nez. Ainsi, face à de faibles probabilités de victoire ou de faibles montants de dommages et intérêts, l’empathie de l’avocat pourra jouer un rôle essentiel. Les clients les moins bien notés, à la manière d’un Klout, pourront quand même se voir défendre. Là où, le pragmatisme de la machine lui ferait, sans nul doute, les sélectionner en fonction du « verdict » produit par les systèmes de jurisprudence chiffrée. Nous ne sommes donc pas prêts de voir des robots plaider au pénal.

Aquitator restera donc fait de chair et d’os… Du moins, pour le moment…

I’ll be back.

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By | 2018-01-02T10:21:15+00:00 janvier 2nd, 2018|Robots & IA, Transformation digitale|1 commentaire

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🎓 Étudiant MBA Digital Marketing & Business

Un commentaire

  1. Tamboura 2 janvier 2018 à 11 h 39 min␣- Répondre

    👌🏾👌🏾👌🏾

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