2041, Odyssée de la Blockchain en Art

façade de musée à colonnade où sont accrochés des kakémonos montrant des symboles de cryptomonnaies

Eliza, 21 ans, élève de l’École du Louvre, assiste au cours de V. Vlixsten éminent professeur d’Art contemporain : “J’espère qu’avant de venir vous avez tous consulté la blockchain* OxD5cdB25428bF06 sur Tarik Kiswanson, incubé au Lafayette Anticipation dès 2018. C’est la base de mon cours aujourd’hui !”…et V. Vlixsten d’enchaîner sur le parcours de cet artiste, dont la biographie et l’œuvre furent documentées et certifiées dans les années 2020, par la blockchain susmentionnée, grâce aux smart contracts intégrant les données recueillies par le logiciel ReSource**, spécifiquement développé par l’incubateur.

Blockchain ou pas blockchain ? Là est la question !

Eliza se prend à rêver d’un autre temps où la blockchain n’existait pas encore: Comment un conservateur du XXème siècle devait-il s’y prendre pour documenter la biographie d’un artiste? De quelle documentation, prouvant l’authenticité d’une œuvre, disposait-il à l’époque? Quelle rémunération l’artiste avait-il reçue à chaque vente? A quelle hauteur, collectionneurs ou musées, avaient-ils contribué dans la valeur actuelle de l’œuvre? Ont-ils été rémunérés pour cela? L’une des œuvres mentionnées n’avait-elle pas été dérobée à l’un de ses propriétaires? Que de questions en suspens !

En 3ème année, Eliza connait ses classiques en terme de sources: la Vie des Peintres de Vasari ou les lettres entre frères Van Gogh. Elle se félicite pourtant d’être née au XXIème siècle. Elle bénéficie ainsi des blockchains non-falsifiables, décentralisées et partagées, qui lui épargnent de devenir un rat (virtuel) de bibliothèque. Si l’on ajoute à cela l’imagerie 3D, la réalité augmentée, la reconnaissance d’image par l’intelligence artificielle ou la géolocalisation des oeuvres par le service Uart.com, il devient possible de connaitre une oeuvre dans ses moindres détails, sans la moindre confrontation physique!

oeuvre en neon à l'intérieur d'un musée vitré
Archives du Lafayette Anticipation lors de son ouverture en mars 2018

Blockchain, un coffre-fort de données pour l’éternité

Rappelée à la réalité par V. Vlixsten, Eliza commente une vidéo, confrontant son analyse stylistique de 2041 au témoignage de l’artiste déposé en 2018 dans ReSource. Ce logiciel, valorisant la notion de participation, marqua en son temps la manière de documenter les œuvres, en compilant propos de l’artiste ou des curators, perceptions du public ou des collectionneurs et documents d’époque permettant la contextualisation de l’œuvre. Détails d’une genèse, complexités techniques de création, chaîne d’acquisition et transmission de propriété furent ainsi enregistrées, année après année, dans une blockchain muséale de façon permanente et sécurisée. A partir de 2018, de multiples sociétés appliqueront le principe au marché de l’art: Codex, Verisart, Seezart, Artory ou Monuma, pour n’en citer que quelques-unes.

page de journal du monde décrivant l'ouverture du hub Lafayette Anticipation
Archive du fil Twitter mars 2018 ouverture du Lafayette Anticipation.

Elles permirent de cataloguer les œuvres déjà en possession de particuliers, en leur attribuant un certificat d’authenticité validé par différents principes de blockchain. Rapidement adoptées par un grand nombre d’artistes contemporains dès les années 2020, ces technologies devinrent incontournables pour passer à la postérité et documenter les oeuvres de manière irréfutable. C’est ce qui permettait aujourd’hui à V. Vlixsten de retranscrire fidèlement les intentions de l’artiste Tarik Kiswanson. Vérité de l’artiste ou vision de l’historien d’art ? Laquelle est la plus passionnante ? Ce qui est encrypté dans la blockchain, pense Eliza, avec une certaine nostalgie. Il n’y a plus de place à l’interprétation, même étayée. Depuis l’élection de Trump en 2017, la “fake info” n’a plus droit de cité. Tout est suivi, documenté et approuvé par le plus grand nombre pour traquer le faux, quel que soit le domaine concerné de l’alimentaire, en passant par la presse, jusqu’à l’art !

logos de compagnies de blockchain dans l'art
© Jess Houlgrave, Archive Twitter mars 2018, publication de sa thèse sur les Blockchains dans l’Art

Blockchain, une transparence nécessaire ?

Pour Eliza, qui envisage d’écrire sa thèse sur la restitution des œuvres d’art aux Juifs spoliés pendant la guerre de 1939-1945, la réponse est positive sans l’ombre d’un doute. Si la blockchain avait existé en ce temps-là, les restitutions d’après-guerre auraient été immédiates et non opposables. Pourtant, être un Sherlock Holmes en jupon ne lui aurait pas déplu. Remonter la trace d’un tableau perdu, s’interroger sur la main d’un artiste ou de son atelier dans un détail de tableau, tout cela n’est plus grâce aux nouvelles technologies d’encryptage.

Même l’archéologie a connu sa blockchain dès 2017 suite à l’ICO de KAPU. Reposant sur la technologie de l’ARK permettant de relier plusieurs blockchains, KAPU permit l’élaboration d’une gigantesque base de données, gratuite pour les musées et les universitaires, mais payante pour tout autre personne la consultant. Ainsi, non seulement cela permit de dégager des fonds pour les fouilles mais participa à réduire les pillages de musées se trouvant en zone de guerre. Les informations sur les œuvres étant mondialement divulguées à l’approche d’une menace, celles-ci devenaient invendables pour les pillards qui les laissaient en place. La contrefaçon ou “les antiquités du sang” diminuèrent drastiquement car seules les œuvres parfaitement documentées par la blockchain avaient une valeur. KAPU avait même réussi à intégrer les traceurs de Smartwater, technologie des années 1996, véritable ADN numérique invisible des œuvres d’art ainsi marquées.

De l’histoire de la Blockchain dans l’Art

Le cours tirant sur sa fin, Eliza décida de s’octroyer une visite au Musée des Arts Décoratifs avant de retourner étudier. Celui-ci avait mis en place dès 2020 le paiement en bitcoin de ses entrées, sur le modèle du Museum of the Coastal Bend en 2014. Ses parents, alors en voyage au Texas, s’étaient pris en photo avec leur billet, persuadés que cela deviendrait la monnaie du futur. Et ils n’avaient pas tort.

main tenant au premier plan un ticket de musée libellé en bitcoin avec le musée en arrière plan.
différentes installations d'un artiste sur le thème de la blockchain dans le musée hammer UCLA
Vue des installations, Hammer Museum, Los Angeles, January 2017. Photo: Brian Forrest.

Dès 2015, le MAK Vienna avait acheté à l’artiste Harm van den Dorpel une œuvre digitale en bitcoins, authentifiée par la blockchain. Le Musée Hammer à UCLA avait consacré dès janvier 2017 une exposition à l’artiste berlinois Simmon Denny, dont les six installations expliquaient les applications de la blockchain à l’économie, et plus particulièrement aux arts visuels. Dès mai 2017, suivait à Paris la première exposition d’artistes dont les œuvres s’achetaient en Ether. A l’époque les œuvres exposées valaient de 10 à 500 Ethers soit 500€ à 25 000€. YAM, pour Art de la génération Y et de la nouvelle Monnaie, avait pour ambition d’exposer des artistes représentatifs de ces fameuses générations Y et Z qui, les premières, avaient grandi avec Internet. En ce temps-là, les ventes en ligne représentaient 15% du marché de l’art (3,42 milliards d’euros), soit 8,4 % du marché global.

L’année 2018 vit exploser les transactions en crypto-monnaies ou les projets de crypo-art  : For ever Rose ou I am a Coin de l’artiste Kevin Abosch ou artistes digitaux de la plateforme Cointemporary.com dont les œuvres coûtaient 0.3 Bitcoins. Perçues comme des coups marketing à l’époque, elles annonçaient pourtant l’avenir des transactions sur le marché de l’art. La galerie londonienne Dadiani Fine Art ouvrit le bal avec l’artiste Paul Wagner, acceptant bitcoin, ethereum, litecoin, ripple, dash et NEM comme crypto-monnaies pour acheter ses œuvres. Le prix s’étageait de 55 000€ soit 4.7 BTC pour les peintures de petit format jusqu’à 115 000€ soit 9.4 BTC pour les grandes tailles et environ 335 000€ soit 28 BTC pour les sculptures. La volatilité des crypto-monnaies donnait des sueurs froides aux collectionneurs qui s’étaient risqués, mais l’attrait de la nouveauté restait plus fort.

La galerie City Money du British Museum avait d’ailleurs intégré la monnaie digitale dans son exposition dès sa création, légitimant définitivement son entrée dans l’histoire des monnaies. Le bitcoin possédait même son musée à Cannonvale en Australie, dont on pensait à l’époque que le créateur était originaire et où la monnaie s’était très rapidement implantée dans le quotidien des gens.

oeuvres d'art virtuelles en bitcoin rose et discobol
Oeuvres d’art de Kevin Abosch / New York City – Jan 2018 . Affiche du musée du Bitcoin

Une pétition, Get Blockchain Technology exhibited fut même lancée sur Change.org pour exposer la technologie de la blockchain au très fameux Design Museum de Londres. Quant aux dons en bitcoin aux musées, ils ne devinrent courant qu’à partir du moment où les crypto-monnaies furent acceptées par les états vers 2020.

texte blanc

Mais tout cela appartenait désormais au début du XXIème siècle. On était en avril 2041. Eliza sortit son mobile pour payer son entrée en bitcoin aux Musées des Arts Décoratifs.

Nota bene  pour * et ** ci-dessus: Bien que s’appuyant sur des faits réels, cet article n’est qu’une tentative d’anticipation des usages dans l’Art et les Musées des crypto-monnaies et technologies de Blockchain. Je tiens à préciser que la plateforme ReSource du Lafayette Anticipation n’utilise pas ce principe actuellement. Par ailleurs, la définition même du mot Blockchain portant à polémique, vous trouverez ci-dessous un article qui vous permettra de consolider votre propre opinion. Je termine en rendant hommage à M. Bernard Blistène, Directeur du Musée National d’Art Moderne Centre Pompidou, dont j’ai honteusement transformé le nom pour l’article, mais qui fut l’un de mes remarquables professeurs à l’Ecole du Louvre.
“Blockchain is meaningless” The Verge By 
“New art registry will use blockchain technology” by SARAH P. HANSON 
“Le Net Art ou l’Art du Net” by Camille Chartier Février 2018
“Monuma, l’application d’expertise Blockchain” by Heloise handy janvier 2018
“Blockchain et marché de l’art: les perspectives d’évolution” by By | décembre 17th, 2017

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Chief Content Officer passionnée par la transformation digitale des musées et institutions culturelles, en France comme à l'international. N'hésitez-pas à engager la conversation et me faire part de votre expérience. #InsideDigitalRevolution I #Museum I #BrandContent I #WebMarketing I #MBADMB

5 Comments

  1. […] également l’article d’Amélie sur la blockchain et son fonctionnement, ainsi que celui d’Elisa qui retrace les applications de la blockchain dans le secteur de […]

  2. Virginie REVOL 14 June 2018 at 14 h 52 min - Reply

    Elisa Bravo pour ton article. Ce que j’aime chez toi c’est ta passion pour l’art et la maîtrise du sujet.. Encore bravo !

  3. […] Parce que le bien être des personnes m’est cher, que le Feng Shui est pour un moi une révélation, un aboutissement dans le projet de décoration, je remercie tout particulièrement Guillaume REY qui m’a remis m’a certification niveau 1 relative aux fondamentaux du Feng Shui. S’il n’y a pas de hasard sur ce que nous faisons rentrer dans notre maison, il n’y a pas non plus de hasard dans nos rencontres, qu’elles soient personnelles ou professionnelles. C’est pour cette raison que je vous partage l’article d’Elisa Gravil-Gilbert, femme passionnée par l’Art, à suivre : http://www.mbadmb.com/2018/03/18/2041-odyssee-de-la-blockchain-en-art/#comment-3996 […]

  4. […] de fiabilité, elle favorise une meilleure traçabilité en supply chain, que ce soit dans l’art ou dans toutes autres activités créatrices de valeurs ou de […]

  5. Blockchain y museos | Pearltrees 6 February 2019 at 5 h 12 min - Reply

    […] 2041, Odyssée de la Blockchain en Art. Eliza, 21 ans, élève de l’École du Louvre, assiste au cours de V. Vlixsten éminent professeur d’Art contemporain : “J’espère qu’avant de venir vous avez tous consulté la blockchain* OxD5cdB25428bF06 sur Tarik Kiswanson, incubé au Lafayette Anticipation dès 2018. […]

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