Idéation : le pouvoir de la réflexion collective

Une des phases les plus créatives du design thinking est l’idéation. Elle permet de libérer les esprits et pour y arriver pleinement, plusieurs méthodes peuvent aider.

Comme beaucoup de personnes, toi aussi tu penses que nous ne sommes pas tous créatifs et que cela est réservé aux artistes ? Si c’est le cas, eh bien tu fais fausse route car il ne faut pas confondre la créativité avec l’esprit artistique. La créativité est ce qui nous permet d’innover et ça, nous en sommes tous capables.

Mais avant d’aller plus loin sur l’idéation, et si tu as bien lu mon article d’introduction au du design thinking, tu sais que d’abord il faut passer par la phase de définition.

Définir le besoin

A la suite de la phase d’empathie, de nombreux insights ont pu être identifiés. Mais comment définir un besoin ? Dans un premier temps il faudra commencer par classer les informations, les catégoriser et les prioriser. Ce travail t’aidera à synthétiser les informations obtenues et à mieux cadrer ta compréhension du sujet et, de ce fait, t’aidera à définir un angle d’attaque ! Pour trouver ton angle d’attaque, tu peux utiliser une phrase à trous :

« [L’utilisateur] a besoin de [besoin de l’utilisateur] car [insight surprenant] »

N’oublie pas qu’un bon angle d’attaque permet de se concentrer sur un problème spécifique. Et pour savoir si ton angle d’attaque est utile, tu peux utiliser une checklist avec les questions suivantes :

  • A quoi bon ? Quel est l’angle d’attaque de ton équipe ? Est-il centré utilisateur ? Centré sur un besoin ou à définir à partir d’un insight ?
  • Qui le dit ? La proposition d’angle est-elle confirmée par des recherches utilisateurs ?
  • Quoi de neuf ? Quel est la valeur ajoutée de ton angle d’attaque ?
  • Qui s’en soucie ? En quoi l’angle d’attaque est-il important ? Le travail en vaut-il la peine ?

Une fois la définition du besoin réalisée, il est temps de libérer les esprits et de passer à la phase d’idéation.

Qui dit idéation, dit réflexion et créativité. L’être humain est bien plus créatif en groupe qu’individuellement. Le collectif nous challenge et nous fait repousser nos limites dans la création d’idées innovantes. Albert Einstein l’a bien dit : « la créativité est contagieuse, faites-la tourner !».

# Best practices pour animer un atelier d’idéation

Voici les bonnes pratiques pour bien préparer un atelier de créativité :

  • En fonction des activités prévues, choisis un endroit adapté à la mise en place de ton atelier. Les participants doivent pouvoir se déplacer pour aller vers le tableau. L’idéal est que le tableau se trouve à moins de deux pas.
  • Dans la mesure du possible, fais de cet espace un lieu agréable pour que les participants s’y sentent à l’aise. Quelques gadgets peuvent aider à mettre les participants dans un état propice à l’idéation.
  • Pense à apporter à manger et à boire pour donner à l’activité un côté plus convivial.
  • Constitue des équipes multidisciplinaires. Regroupe des participants d’univers différents mais de niveaux hiérarchiques similaires pour éviter qu’ils se brident devant un supérieur.
  • « Time boxer » tous les exercices.
  • Prévois des post-it et des feutres pour tous les participants.
  • 1 post-it = une idée.
  • Ecrire en lettres CAPITALES.
  • Essayer dans la mesure du possible de dessiner les concepts.
  • N’oublie pas de remercier les participants et de les informer de la suite. Il ne faut pas oublier qu’ils ont accordé une partie de leur temps pour ton atelier…

# Modérateur

Le rôle du modérateur est de faciliter les échanges tout au long de l’atelier. Il doit commencer par présenter l’atelier en exposant le problème à résoudre aux participants, puis en donnant les instructions pour le déroulement de la séance d’idéation.

On le sait, nous avons très souvent peur de nous exprimer, peur du jugement des autres, que notre idée soit inintéressante ou complétement inutile. Pour anticiper ces états d’âme, il est conseillé de démarrer l’atelier avec un plan d’animation.

Nous sommes toujours plus rassurés quand on sait vers quoi on se dirige et lorsque l’on connait le cadre. C’est pour cela qu’il est toujours nécessaire avant de commencer un atelier d’idéation d’expliquer l’objectif et les règles.

N’oublie pas d’afficher le problème, le plan d’animation et les règles à un endroit où tout le monde puisse les voir.

Le modérateur est garant des règles. Voici les règles de base d’un atelier créatif :

  • être spontané
  • une conversation à la fois
  • ne pas juger (les autres ni soi-même)
  • privilégier la quantité et non la qualité
  • rebondir sur les idées des autres
  • être visuel
  • encourager les idées folles

Si tu veux être un bon modérateur, be positive ! Tu dois dégager une bonne énergie et être positif pour que les participants se sentent à l’aise. C’est à toi de redynamiser le groupe si l’énergie commence à faiblir.

Pour bien capturer toutes les idées issues du brainstorming, tu peux faire appel à un collègue et lui donner le rôle de scribe. Il devra noter toutes les idées de manière lisible et visuelle

Avant de commencer à faire marcher les neurones, il faut aussi penser à les détendre. Tout comme avant une séance de sport, il est conseillé de s’échauffer. Cela va aider les participants à se prendre au jeu.

# Echauffement

Il existe une multitude d’exercices qui permettent de briser la glace. Et voici donc quelques exemples d’Ice Breaker.

Vrai ou faux : chaque participant doit noter sur une feuille trois choses le concernant qui ne sont pas connues des membres du groupe. Deux sont vraies et une fausse. Chacun les lit à son tour puis le groupe vote vrai ou faux sur les informations écrites.

L’ile déserte : livre, musique et objet de luxe que les participants emmèneraient sur une ile déserte.

Si j’étais magicien : les participants expliquent à tour de rôle ce qu’ils feraient s’ils étaient magiciens.

La bataille de pouces : incontournable souvenir du cours d’UX du MBADMB :). On demande aux participants de se grouper par deux et de faire une bataille de pouces. Le gagnant s’opposera au gagnant d’une autre équipe, et les vaincus devront soutenir leur ancien adversaire de toute leur force. Et cela jusqu’à avoir un gagnant ultime !

Les M&M’s : on propose aux participants de piocher dans un paquet de M&M’s. En fonction de la couleur tirée ils devront parler sur un sujet imposé. Par exemple, rouge = leur rêve pour l’avenir, orange = quelque chose qui s’est passé hier, etc.

Techniques d’idéation

Depuis son invention dans les années 30 par un publicitaire américain, Alex Osborn, le brainstorming est la méthode d’idéation la plus utilisée. La créativité n’étant pas bridée par le jugement, le brainstorming instaure une dynamique qui va permettre de multiplier le nombre d’idées et leur qualité. La phase d’idéation est, par ailleurs, souvent appelée phase de brainstorming.

Les séances de brainstorming peuvent se faire en présentiel mais aussi en ligne, des outils comme Klaxoon ou Beekast donnent la possibilité de participer à des brainstormings à distance.

Voici un exemple d’atelier d’idéation par IDEO :

Les techniques d’idéation étant multiples, j’ai choisi ici de t’en présenter cinq pour te donner un petit aperçu :

# Speed Boat

Un bateau, une ile, une ancre et un moteur. Voici la base du Speed Boat. Le bateau représente un organisme, un produit, un service ou un projet, l’ile l’objectif vers lequel on veut aller, l’ancre les freins à sa réalisation et le moteur les leviers.

Les participants doivent donc identifier tous ces paramètres pour avoir une meilleure vision du contexte et donc mieux cadrer leur projet.

# Les cartes d’idéation

Utilisées généralement en groupe, elles peuvent être présentées comme un jeu avec des règles. Elles deviennent ainsi un outil ludique pour animer une session d’idéation.

Les cartes d’idéation permettent d’explorer une multitude de concepts. Elles dictent des conseils et des indications qu’il faut suivre, améliorant ainsi la réflexion lors des sessions de brainstorming.

Elles peuvent être génériques, spécifiques ou personnalisables.

IDEO propose par exemple des Methods Cards

# Design studio

Le design studio est une méthode issue des domaines de l’architecture et du design industriel. Cet atelier de conception collaboratif et participatif permet de générer des solutions sous formes de sketchs. Les solutions trouvées sont ensuite présentées au groupe, suivi par une critique constructive.

Sous cette même base de sketching, on peut citer par exemple le Six-to-One ou une autre variante le Crazy 8. Le principe est le même, les participants doivent réaliser 6 ou 8 propositions dans un temps limité, puis on redonne un second template avec une seule case sur lequel les participants doivent converger vers une solution unique plus détaillée. Pour générer cette idée collective, le temps imposé sera plus important que sur l’étape précédente.

# La méthode SCAMPER

Il s’agit d’une technique pour transformer un service, un processus en quelque chose de nouveau en se demandant ce qui peut être remplacé.

Les initiales de SCAMPER fonctionnent sous forme de check-list :

  • Substituer, pour provoquer un changement ou un renouvellement
  • Combiner, en fusionnant deux concepts ou deux idées
  • Adapter, en plaçant l’idée dans un autre contexte
  • Modifier et Magnifier, en changeant la taille, la forme, la signification…
  • Produire, trouver un autre usage
  • Eliminer, faire le tri ou supprimer quelque chose
  • Réorganiser, Renverser pour proposer une solution originale

# Business Model Canvas et Lean Canvas

Il existe plusieurs Business Model Canvas, mais le plus utilisé et connu est celui d’Alexandre Osterwalder. Présenté sous forme de tableau avec des cases, le Business Model Canvas est un outil très intéressant à mettre en place avant le lancement d’un produit ou d’un service, mais aussi lors de la création d’une entreprise. Il permet de dresser un état des lieux d’un modèle économique en mettant la proposition de valeur au centre.

Une variante du Business Model Canvas nous est proposée par Ash Maurya avec le Lean Canvas, qui semble plus adapté au démarrage d’un projet.

Les ateliers d’idéation ont l’avantage d’être faciles à mettre en place et de fournir un grand nombre d’idées dans des délais très courts, à condition de bien avoir préparé son atelier. De plus, en faisant appel aux parties prenantes d’une problématique pour co-concevoir une solution, l’acceptation de celle-ci sera bien meilleure lorsqu’elle sera mise en place.

Les outils d’idéation sont nombreux, à toi de choisir les plus adaptés et en faire bon usage. N’hésite pas à te créer ta propre boite à outils !

Sources

C. Lallemand et G. Gronier – Méthodes de design UX

https://www.ideo.com/eu

D.Grey, S. Brown, J. Macanufo – Gamestorming jouer pour innover

T. Kelley et D.Kelley La confiance créative

By | 2018-03-27T19:42:31+00:00 mars 27th, 2018|e-Business, innovations, Transformation digitale, UX|3 Comments

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Passionnée d’art et de culture, je m’intéresse aux processus de créativité et aux méthodologies centrées sur l’humain

3 Commentaires

  1. Marguerite 28 mars 2018 à 14 h 28 min␣- Répondre

    Article super intéressant et motivant !

  2. Juliette 29 mars 2018 à 8 h 44 min␣- Répondre

    Article très intéressant qui donne envie d’approfondir le sujet en s’informant plus en détail sur les différentes techniques présentées afin de les mettre en pratique.

  3. Nancy 29 mars 2018 à 12 h 03 min␣- Répondre

    Cet Article plus fouillé (et non fouillis!) me donne l’impression d’entrer dans » le dur » en faisant appel à des notions, des approches et des outils qui méritent tous d’être approfondis selon ses centres d’intérêt. Bravo également pour tes astuces pour le mise en place par exemple d’atelier d’idéation/brainstorming.

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