Enfant Youtubeur : quel encadrement ?

Studio Bubble Tea, Neo & Swan, Gabin & Lili, Lévanah SOLOMON’s Family, Démo Jouets etc. ces noms ne vous évoquent rien ? Pourtant, chaque jour, des millions d’internautes regardent leurs vidéos.

Les chaînes Youtube familiales pullulent sur internet, cumulant plusieurs milliards de vues et des revenus financiers parfois conséquents. Ces chaînes sont gérées par les parents et mettent en scène leur propre enfant. Face à l’ampleur de ce phénomène, des questions se posent vis-à-vis de la réglementation de ces activités.

L’unboxing : à l’origine du phénomène

L’unboxing consiste à filmer des enfants en train de déballer, présenter, détailler et commenter des produits divers, puis à les partager sur les plateformes de partages vidéo, type Youtube . Jeux, vêtements, produits de loisirs et même aliments, les enfants deviennent testeurs et donnent leur avis sur les produits. Cette tendance venue des Etats-Unis connaît un véritable engouement en France.

Mais le phénomène va bien au-delà aujourd’hui. Les chaînes prennent peu à peu la forme de « blog », les enfants sont filmés dans leur quotidien, lors de visites de parcs d’attractions etc.

Les chaînes Familiales Youtube : un nouvel enjeu publicitaire ?

La prolifération de ces chaînes et l’engouement du public fait peu à peu de Youtube, une nouvelle plateforme de publicité. En effet, hormis la diffusion de publicité avant le visionnage d’une vidéo, ces chaînes offrent un nouveau moyen de promouvoir des produits et ce à moindre coût.

La promotion est dorénavant assurée par ces « enfants testeurs » et sans frais de conception publicitaire pour les marques. Cette nouvelle tendance s’inscrit dans le mouvement du « consumer centric ». Ce n’est plus la marque qui parle de son produit mais sa cible, ce qui a un impact beaucoup plus fort. De plus, pour les enfants qui suivent ces chaînes, il ne s’agit pas de publicité. L’enfant s’attache à ses pairs et perçoit la vidéo comme un jeu et non pas une promotion de produit.

Ainsi, ce format vidéo permet aux marques de faire rentrer le produit dans l’inconscient et d’avoir un impact plus fort sur leur cible.

Qu’en est-il de la réglementation de ces promotions de produits ?

 « Toute publicité, sous quelque forme que ce soit, accessible par un service de communication au public en ligne, doit pouvoir être clairement identifiée comme telle. Elle doit rendre clairement identifiable la personne physique ou morale pour le compte de laquelle elle est réalisée. L’alinéa précédent s’applique sans préjudice des dispositions réprimant la publicité trompeuse prévues à l’article L. 121-1 du code de la consommation. » Article 20 de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique

Contrairement à ce que l’on croit, une réglementation existe pour les contenus postés sur Youtube. L’ARPP (Autorité de Régulation Professionnelle de la Publicité) précise également que le type de collaboration doit être énoncé au cours de la vidéo. Elle identifie 3 types de collaboration : le cadeau, l’invitation et le sponsoring.

Malgré cette législation, aucune sanction ne semble être prise vis-à-vis des vidéos ne respectant par cette dernière.  Ce déficit de sanction provient de Youtube et des pouvoirs publics. Youtube justifiant la non suppression des vidéos par le fait que la distinction des contenus sponsorisées doit être faite par ses partenaires. Quant aux pouvoirs publics, la loi existe mais personne ne l’a fait respecter. L’ARPP ne semble pas vouloir intervenir sur le sujet. Et la DGCCRF (Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes) dit s’intéresser à la question de la « publicité déguisée chez les Youtubeurs » sans pour autant prendre de sanctions. Cette dernière pointe la difficulté dans certains cas de caractériser l’infraction. Ainsi, on en reste aux déclarations d’intention.

« Loisir privé » ou « travail illégal » ?

Autre point soulevé par ce phénomène, la prise en compte de l’activité de ces enfants par la législation.

Article R7124-1 du code du travail, « toute personne souhaitant engager ou produire un enfant âgé de moins de 16 ans pour un spectacle ou une production déterminés, dans une entreprise de cinéma, de radiophonie, de télévision ou d’enregistrement sonore, dépose préalablement une demande d’autorisation auprès du préfet du siège de l’entreprise ».

Il existe aujourd’hui des lois pour certaines activités effectuées par les enfants mais ces dernières n’encadrent pas le travail sur internet. On est donc face à un véritable vide juridique. Ce manque de législation entraîne de nombreux débats autour de ces activités.

De plus, certains accusent les parents d’exploiter leurs propres enfants. Estimant que les rythmes de tournage sont trop intenses et privent l’enfant de ces temps de loisirs. Au-delà de cela, apparaît l’aspect financier. Les chaînes sont financées par la publicité. Plus les vidéos sont vues, plus les montants sont importants et les annonceurs nombreux. Mais l’argent généré est le plus souvent touché par les parents. Ce ne sont pas les enfants qui sont rémunérés à la différence des jeunes comédiens par exemple – dont les sommes touchées sont déposées jusqu’à leur majorité sur un compte bancaire de la Caisse des Dépôts. Il semble ainsi nécessaire de légiférer sur ces points.

Un Impact psychologique ?

D’autres mettent en avant les répercussions psychologiques que cela peut avoir sur l’enfant. L’enfant est en contact régulier avec divers jouets ce qui crée un biais. Le jouet est peu à peu banalisé, il n’y a plus de désir.

De plus, c’est la vie et l’enfance de ces Youtubeurs qui est présenté au monde entier. En grandissant, les enfants risquent d’en vouloir à leurs parents. En effet, à l’adolescence, cela peut être compliqué de revoir ces images.

Sans compter l’exposition des enfants aux commentaires des internautes qui peuvent être d’une certaine brutalité. De même, que la fin du succès peut être brutale et dévastatrice pour l’enfant.

Les chaînes Youtube familiales semblent être une nouvelle voie publicitaire pour les marques mais à quel prix pour les enfants ? Le manque d’encadrement et de réglementation est alarmant et montre le retard des institutions vis-à-vis de la transformation digitale de notre société. Le Conseil national de la protection de l’enfance (CNPE) doit rendre un avis au gouvernement sur le sujet dans les prochains mois, dans le cadre d’un travail plus global sur les dangers du numérique. Espérons que les bonnes décisions soient prises et appliquées.

By | 2018-07-02T20:08:31+00:00 juillet 3rd, 2018|e-marketing, e-reputation, Social Media, Vie 3.0|0 commentaire

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Étudiante en MBA Digital Marketing et Business
Digital Active – Passionnée de Food et Tech

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