#1 Psychologie cognitive et design : Comment voit et lit notre cerveau ?

Tous les jours nous faisons des choix, mais qu’est ce qui les motive ? Pourquoi choisissons-nous plutôt l’option A que l’option B ? Les réponses à ces questions se trouvent dans notre cerveau, ou plutôt dans les réactions que notre cerveau a face à des stimuli externes. Ce sont ces réactions qui vont guider nos choix.

Afin de répondre aux besoins des utilisateurs, les designers s’appuient sur les sciences cognitives. Cette connaissance est essentielle pour créer des solutions ou des produits qui proposent une meilleure expérience aux utilisateurs.

Dans son ouvrage 100 things every designer needs to know about people, Susan M. Weinschenk a identifié 100 principes que tout designer devrait connaitre pour designer des interfaces.

Au cours d’une trilogie d’articles, je te propose de voir quelques-uns de ces principes de psychologie cognitive qui guident aujourd’hui la création d’un nombre important d’interfaces que l’on utilise aujourd’hui.

Le design visuel a pour but d’améliorer l’expérience utilisateur grâce aux illustrations, la typographie, l’espace et la disposition des éléments, mais aussi la couleur utilisée. Cela doit faciliter l’usabilité mais aussi augmenter leur attrait esthétique. Il est donc important de connaitre comment notre vision fonctionne mais aussi comment nous utilisons un de nos principaux moyens de communication, la lecture.

# Vision

  • Ce que les yeux voient n’est pas ce que le cerveau perçoit

Notre cerveau crée des raccourcis pour réussir à comprendre le monde qui nous entoure. Il reçoit des millions de stimuli par seconde (en moyenne 40 millions !), il essaye donc d’assimiler ces informations et de comprendre le mieux qu’il peut. Pour conditionner ce que les gens voient on peut mettre de couleurs et des formes.

Une preuve de cela, c’est l’illusion optique. Souvent, on voit des formes qui nous paraissent de taille différente et pourtant ce n’est pas toujours le cas.

Dans cet exemple, l’élément du centre parait plus grand que les deux autres, alors que la taille de la ligne horizontale est exactement la même pour les trois.

  • L’identification des visages

Une partie de notre cerveau est programmée pour identifier des visages. Nancy Kanwisher a identifié à la fin des années 90 l’aire fusiforme des visages. Cette aire du cerveau, qui se trouve au niveau de l’amygdale cérébrale, facilite l’identification des visages familiaux. Elle permet d’éviter les chemins cognitifs utilisés habituellement par le cerveau pour identifier les visages. C’est ainsi qu’au milieu d’une foule de personnes, il nous est possible d’identifier rapidement les personnes que l’on connait.

Les personnes réagissent plus rapidement aux visages affichés sur un site web qu’aux objets. Si les visages affichés regardent directement l’utilisateur, ils provoqueront plus d’impact émotionnel, mais s’ils regardent un objet nous aurons tendance à le regarder aussi. Cela ne veut toutefois pas dire que l’on prêtera attention à l’objet.

  • L’identification d’objets par des schémas

Des schémas de reconnaissance permettent de percevoir rapidement les stimuli visuels que nous percevons chaque seconde. Nos yeux et notre cerveau créent des schémas, même si ceux-ci ne sont pas réels.

Selon la théorie de la reconnaissance compositionnelle d’Irving Biederman, nous reconnaissons 24 formes basiques avec lesquelles nous construisons la totalité des objets que nous identifions. Pour faciliter la compréhension des utilisateurs, il est donc conseillé d’utiliser des icônes ou des dessins géométriques simples.

  • Ne pas oublier la vision daltonienne

9% des hommes et 1,5 % des femmes sont daltoniens. C’est un pourcentage d’utilisateurs qui aura des difficultés pour apprécier les différences entre certaines couleurs. Il existe plusieurs formes de daltonisme, mais la plus commune est celle qui ne peut distinguer la différence entre rouge, jaune et vert. Lorsqu’on conçoit une interface et que l’on utilise de la couleur pout donner une signification particulière à un élément, il faudra par exemple introduire un code avec des lignes afin que les personnes daltoniennes puissent déchiffrer l’information même sans les couleurs.

Il existe des sites pour vérifier comment votre site sera vu par un daltonien, comme par exemple : https://www.toptal.com/designers/colorfilter/

  • L’utilisation des couleurs est culturelle 

Les couleurs ont des significations. Le rouge est généralement associé à un danger, alors que le vert est plutôt positif. Cependant en fonction des cultures l’association des couleurs dans notre cerveau peut être différente. Le blanc est associé à la pureté en occident alors qu’en orient il fait référence à la mort.

# Lecture

  • Lire et comprendre

Lire et comprendre sont deux choses très différentes. Si tu lis un texte sur la physique quantique, il est probable que tu aies besoin de plus de temps pour comprendre que quelqu’un qui est habitué à ce type de texte. Il nous est donc plus facile d’assimiler les informations lorsqu’on peut s’appuyer sur des structures cognitives posées au préalable.

Il est néanmoins possible de calculer la lisibilité d’un texte. La formule de Flesch est souvent utilisée à cet effet. Ce test évalue le texte sur une échelle de 100 points. Plus le résultat est haut et plus le texte sera lisible et facile à comprendre. Si tu utilises Word, par exemple, il est possible de tester ton texte.

La formule utilisée pour le test de lisibilité Flesch est la suivante :

206.835 – (1.015 x ASL) – (84.6 x ASW)

ASL = longueur de phrase moyenne (nombre de mots divisé par le nombre de phrases)

ASW = nombre moyen de syllabes par mot (nombre de syllabes divisé par le nombre de mots)

Pour la plupart des fichiers standard, la note doit être comprise entre 60 et 70.

Ce que nous retenons d’un texte est aussi lié à notre expérience et à notre point de vue pendant la lecture. Des études ont démontré (Anderson et Pinchet 1978) que si on nous demande de lire un texte sous le point de vue d’un personnage ou d’une idée, l’information retenue sera différente que celle des autres.

  • Reconnaître les polices

Les designers utilisent des polices pour évoquer des états et des émotions différentes, mais aussi pour faire référence à une marque.

Notre cerveau reconnait des schémas et notamment des schémas des lettres ce qui nous permet d’identifier des polices différentes. Mais si une police est trop décorative, elle sera plus difficile à lire et la signification du texte sera perdue car le lecteur trouvera le texte difficile à comprendre.

Une des choses les plus importantes dans la lecture de la police est sa taille. Certaines polices peuvent être de la même taille mais paraître plus grandes. Cela est due à la hauteur de la lettre X. Il s’agit de la valeur de la lettre la plus petite dans une police. Verdana ou Tahoma, par exemple, ont été conçues avec une hauteur de X plus grande que les autres pour faciliter la lecture.

  • Long ou court ?

En 2004 Mary Dyson a réalisé une étude qui montre que la longueur idéale d’une ligne est de 100 caractères. Les lignes longues sont plus faciles à lire car il y a moins d’interférences dans le flux des sauts et des pauses. Bien que cela soit plus rapide, les utilisateurs préféraient des lignes entre 45 à 72 caractères et donc plus courtes !

La vision est un des sens les plus importants. La moitié de notre cerveau dédie son énergie à voir et à interpréter ce que nous voyons. Ce que captent nos yeux est ensuite traité par notre cerveau. C’est lui qui finalement voit et interprète pour nous.

Il est primordial pour tout designer de connaitre comment notre cerveau fonctionne et réagit. Ce n’est qu’ainsi qu’il pourra concevoir des interfaces adaptées. Cette connaissance ne doit pas se limiter à la manière dont le cerveau voit et lit, elle doit comprendre aussi comment il se concentre, se souvient, pense…mais je te parlerai de cela lors des deux prochains articles ! 😊

Sources

Susan M. Weinschenk – 100 things every designer needs to know about people.

https://www.24joursdeweb.fr

www.usabilis.com

By | 2018-09-09T13:02:50+00:00 septembre 9th, 2018|e-Business, UX|1 commentaire

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Passionnée d’art et de culture, je m’intéresse aux processus de créativité et aux méthodologies centrées sur l’humain

Un commentaire

  1. Aurélie Billac 14 septembre 2018 à 7 h 38 min␣- Répondre

    Article génial Paula ! Tu fais quoi les 3 prochains mois car je t’embauche pour écrire ma thèse, tu es pile dans le sujet ! J’attends désormais avec impatience tes prochains articles ! Au plaisir d’échanger avec toi sur cette thématique.

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