# 2 Psychologie cognitive et design : comment mémorise, pense et se concentre notre cerveau ?

# 2 Psychologie cognitive et design : comment mémorise, pense et se concentre notre cerveau ?

Pour comprendre les réactions des utilisateurs et leurs choix, les designers s’appuient sur les sciences cognitives. Cela leur permet de concevoir des solutions qui répondent mieux aux besoins des utilisateurs tout en améliorant leur expérience.

Dans son ouvrage 100 things every designer needs to know about people, Susan M. Weinschenk a identifié 100 principes que tout designer devrait connaitre pour designer des interfaces. Lors du premier article de cette trilogie consacrée à la psychologie cognitive et au design, j’ai abordé comment voit et lit notre cerveau. Dans ce nouvel article, je te propose de voir comment il mémorise, pense et se concentre.

#Mémoire

  • Quel est notre pouvoir de mémorisation ?

Combien d’objets pouvons-nous mémoriser ? Longtemps les experts ont parlé d’un numéro « magique » pour expliquer le nombre d’objets mémorisés par l’être humain. Ce numéro était 7 (plus ou moins 2). Ce postulat, que l’on doit à George A. Miller dans les années 50, a été remis en cause par les études de Baddeley dans les années 80. Les recherches de Baddeley laissent croire que ce numéro serait plutôt 4.

Les gens peuvent donc retenir quatre éléments à la fois. Pour se rappeler des informations, une des stratégies est de diviser les informations en blocs. Une étude de George Madler montre que les gens peuvent parfaitement retenir des informations tant qu’elles sont en catégories et qu’il n’y a pas plus de 3 éléments.

  • Les souvenirs se construisent dans notre mémoire

Nous construisons nos souvenirs à chaque fois qu’on fait appel à notre mémoire pour nous rappeler. Un souvenir peut donc changer à chaque fois qu’on pense à celui-ci. Il est même possible que des blancs que l’on puisse avoir soient complétés par des séquences inventées.

Lorsque tu procèdes à des interviews utilisateurs, il faut faire attention aux termes utilisés pour éviter que ceux-ci affectent leur souvenir.

  • C’est bien d’oublier !

On voudrait avoir une mémoire sans faille et ne rien oublier, ou bien pouvoir savoir ce qu’on oublie et ce que l’on garde. Avoir la capacité de nettoyer notre cerveau comme si c’était notre disque dur. Malheureusement, ce n’est pas ainsi que notre cerveau fonctionne !  En 1886, Hermann Ebbinghaus trouva une formule pour montrer comment la mémoire se dégrade au cours du temps. Cette formule démontre à quelle vitesse on oublie une information si elle n’est pas intégrée dans notre mémoire à long terme.

Il est donc judicieux de ne pas faire trop confiance à la mémoire de tes utilisateurs et de faciliter le souvenir avec un design ou faire en sorte qu’ils puissent avoir accès à cette information facilement.

#Pensée

Notre cerveau traite des millions d’éléments d’information chaque seconde, mais il n’est conscient que d’une petite partie de ces informations. C’est pour cette raison qu’il faut fournir juste l’information nécessaire à chaque instant, de manière progressive. Cela suppose de savoir ce dont les gens ont besoin comme indication, et donc bien connaitre l’utilisateur.

  • Calculer la charge motrice d’une action

En fonction de la nature de l’information, son traitement nécessitera plus ou moins d’efforts. De ce fait, notre charge mentale ne sera pas la même.  Si tu demandes à ton utilisateur de chercher quelque chose sur un écran, tu solliciteras une charge visuelle plus importante que si tu lui demandes d’appuyer sur un bouton (sollicitation d’une charge motrice). De même si tu demandes à quelqu’un de faire un calcul mental sa charge cognitive (ou charge mentale) sera bien plus importante.

Bien que la charge motrice puisse être moins importante que les autres, il est possible de la réduire. La loi de Fitts, permet de calculer le temps de pointage qui varie selon la taille des éléments. Le calcul du temps nécessaire pour aller le plus rapidement possible d’un point de départ à un point de destination dépend de la taille et de la distance de la zone visée.

Voici la formule de la loi de Fitts :

T = k log2(D/WS+ 0,5)

Elle comporte un facteur dépendant de l’utilisateur (~ 100 msec)

D = la distance de la cible

S =  la surface de la cible.

Par conséquent, les éléments de taille plus petite et plus éloignés demanderont plus de temps pour être cliqués. C’est ainsi qu’il existe une zone de confort dans l’usage des interfaces.

  • Notre esprit erre 30 % du temps

30 % du temps notre esprit est ailleurs et cela sans que nous le sachions. Cet état suppose un risque car nous pouvons manquer des informations importantes.

Mais les divagations de notre esprit ne sont pas toujours quelque chose de négatif, en réalité notre cerveau est connecté avec la tache manuelle habituelle qu’on effectue, alors qu’une autre partie s’attaque à une autre tâche. Nous sommes simplement multitâches ! Et puis, les personnes qui ont tendance à avoir davantage la tête dans les nuages seraient plus créatives et résoudraient plus de problèmes ! (uff ! cela tombe bien !)

  • 4 manières d’être créatifs

 Anne Dietrick a identifié quatre types de créativité en relation avec des activités cérébrales. Selon ses recherches, la créativité peut être cognitive ou émotionnelle mais aussi délibérée ou spontanée.

  • La créativité délibérée et cognitive : elle correspond à la créativité obtenue grâce au travail continu dans un domaine. C’est par exemple le cas de Thomas Edison qui a cumulé les expérimentations afin de trouver des inventions. Ce type de créativité se trouve dans le cortex préfrontal. Des connexions sont réalisées avec des fragments d’informations différentes stockées dans d’autres parties du cerveau. C’est donc la connaissance de certains éléments qui va permettre d’en créer d’autres.
  • La créativité délibérée et émotionnelle : comme dans le cas de la créativité délibérée et cognitive, elle se trouve aussi dans le cortex préfrontal, mais la différence est qu’au lieu de se concentrer dans une partie du cerveau où sont stockées notre connaissance et notre expérience, celle-ci fait appel à nos émotions et à nos sentiments qui se trouvent dans notre amygdale cérébrale.
  • La créativité spontanée et cognitive : parfois on essaye de trouver la solution à un problème et cela nous prend des heures, voire des jours, on est tout simplement bloqués. Puis on fait une pause, on n’y pense plus et tout d’un coup la solution nous frappe comme une évidence. Ce type de créativité est lié au ganglion basal où est stockée la dopamine.
  • La créativité spontanée et émotionnelle : c’est la créativité qui est associé aux grands musiciens et artistes. Elle est générée par l’amygdale cérébrale. On l’associe à une habilité pour quelque chose.

#Concentration

Nous avons tous des capacités et des techniques de concentration différentes. Mais certains éléments nous aident à nous focaliser car ils attirent notre attention, cependant il ne faut pas négliger une variable importante : l’attention est sélective. L’être humain peut très rapidement se déconcentrer et donner toute son attention à une autre chose, ou au contraire, faire abstraction de tout ce qui l’entoure. On ne le dira jamais assez, nous sommes des êtres complexes !

  • Nous filtrons l’information

Filtrer l’information peut nous aider à réduire la quantité d’informations que nous percevons, cependant le fait de filtrer peut conduire à une mauvaise décision, d’autant plus que nous filtrons de manière à ce que les informations viennent confirmer nos croyances.

Il ne faut pas espérer que les personnes prêtent attention à l’information qu’on leur donne. Ce qui peut paraitre évident pour nous ne l’est pas forcement pour tout le monde.

Pour attirer l’attention vers un élément important et éviter qu’il soit filtré, pense à utiliser des couleurs, des animations, une vidéo ou un son. Si l’information est vraiment importante, il faut qu’elle ressorte 10 fois plus que nécessaire !

  • Temps limité d’attention continue

L’attention continue d’une personne ne dure pas plus de 10 minutes. Nous pouvons faire une pause et recommencer mais nous ne pouvons pas rester concentrés plus de 10 minutes sur un élément. C’est pour cette raison que les pages web doivent se lire entre 7 et 10 minutes (en incluant les éléments vidéo).

  • Ce qui capte le plus notre attention

Par instinct, nous sommes attirés par le danger, la nourriture, le sexe, les visages, le mouvement et les histoires. Mais pourquoi ne peut-on pas éviter de prêter attention à ces éléments ? C’est parce que nous avons trois cerveaux. Dans les années 50, Paul D.Mac Lean proposa une vision hiérarchisée en trois parties de la constitution du cerveau humain.

Le cerveau reptilien : c’est la plus vieille partie du cerveau et celui qui est en charge de notre survie. Il se concentre sur les instincts primaires tel que la soif, la faim, la sexualité et la survie face au danger.

Le cerveau limbique : c’est le cerveau intermédiaire et celui de l’apprentissage automatique.

Le néocortex : c’est le 3eme niveau de notre cerveau. Il est responsable de la logique, de l’intelligence et de l’intuition.

Le travail de notre cerveau est d’analyser continuellement notre environnement. C’est donc pour cette raison que nous ne pouvons pas éviter d’être attirés par ces éléments. Notre cerveau ne nous fait pas agir, mais il ne peut pas éviter de prêter attention.

Comprendre comment les personnes pensent, retiennent et se concentrent est essentiel si nous souhaitons leur transmettre des informations qu’ils puissent recevoir. Il faut donc penser à limiter la charge motrice, à donner de l’information progressivement et à faciliter la concentration des utilisateurs pour que leur expérience soit le plus agréable possible.

Rendez-vous au prochain article pour clôturer cette trilogie. Au menu : quelques principes qui guident notre motivation, notre sentiment et notre prise de décision !

Sources

Susan M. Weinschenk100 things every designer needs to know about people

www.usabilis.com