Le sport dopé aux nouvelles technologies

La technologie fait partie intégrante de notre société. Elle est présente dans de nombreux domaines, le sport en fait inévitablement partie. Elle se met au service des performances humaines et de la sécurité de l’athlète. Les progrès technologiques sont permanents et ce phénomène entraîne indéniablement de nouveaux records.

L’IRMES (Institut de Recherche bio-Médicale et d’Epidémologie) annonce que « 90% des performances mondiales ne pourront plus être battues en 2090 ». 

Peut-on dénaturer une discipline sportive du fait d’un apport technologique ?

1920 Desgrange cycliste

Toutes ces nouveautés technologiques ont donné et donnent encore lieu à beaucoup de polémiques. Elles ne sont pas nées avec l’arrivée de l’électronique mais bien avant. Dans les années 1920, Desgrange, cycliste et créateur du Tour de France, avait interdit l’usage du dérailleur pour cet événement, prétextant que « Le Tour de France est une épreuve sportive avant d’être une épreuve industrielle. C’est aux muscles des coureurs que nous faisons appel. » En effet, le créateur du dérailleur Jean-Baptiste Panel, passionné de mécanique mais n’ayant jamais fini la course, distança cette année-là les meilleurs y compris les professionnels en fournissant beaucoup moins d’efforts. 

En 1981, l’Allemand Peter-Michael Kolbe est devenu champion du monde avec un aviron dans lequel, contrairement aux modèles classiques, il était assis sur un siège fixe. Les rames, en revanche, coulissaient, grâce à un système de portants mobiles. Résultat : une embarcation plus stable. Sur une course de 2 000 mètres, ce modèle permettait de gagner jusqu’à 10 secondes. Mais cette technologie a finalement été considérée comme révolutionnant trop la pratique de l’aviron et a été interdite.

Plus récemment, on retrouve le cas des combinaisons en polyuréthane, introduites en natation en 2008. Cette combinaison qui reproduit la peau d’animaux aquatiques tels que le requin, favorise la glisse. Fabien Gilot, un des membres du relais 4 x 100 de l’équipe de France lors des championnats du monde de natation à Rome en 2008, confiait : « Je suis quelqu’un de plutôt longiligne, pas forcément avec de grandes épaules et ni de gros bras. Avant, j’arrivais à glisser dans l’eau ; maintenant, la combinaison me porte. Le paramètre puissance a pris le dessus sur le paramètre glisse ». Après les jeux olympiques de Pékin où plus d’une centaine de records du monde ont été battus, cette combinaison a été interdite dans les compétitions.

combinaisons en polyuréthane

L’épidémie de vêtements futuristes a quitté la natation pour toucher d’autres disciplines, comme le patinage de vitesse : les sportifs américains portent ainsi une combinaison conçue par l’entreprise aérospatiale Lockheed Martin, la “Mach 39”, qui leur permettent de réduire leurs temps grâce à une résistance au vent réduite au minimum.

Les chaussures aussi peuvent être optimisées : Athletic Propulsion Labs a par exemple créé des chaussures qui augmentent la détente verticale jusqu’à 9 centimètres. Considérées comme un équipement susceptible de donner un avantage compétitif au joueur les portant, elles ont été interdites par la NBA.

Quand les avancées technologiques prennent des airs de science-fictions …

Enfin, ces avancées technologiques au service du sport peuvent carrément prendre des accents de science-fiction. L’utilisation des données mesurées et les prothèses bioniques tendent à transformer le sportif en cyborg. L’analyse des données aide déjà les athlètes à remporter des compétitions, en se dépassant tout en réduisant les risques de blessures. De plus en plus de sportifs de haut niveau portent ainsi des capteurs et des GPS qui permettent de mesurer et de comparer les données d’un entraînement et celles d’une compétition. Usain Bolt a utilisé le logiciel d’analyse vidéo suisse Dartfish pour s’améliorer en vue des Jeux olympiques de 2012. Résultat : il a battu son propre record du monde. Plus de 120 000 athlètes, ayant remporté au total 3 000 médailles olympiques, utilisent le logiciel. En 2014, pour les Jeux olympiques d’hiver à Sotchi, 68% des médaillés utilisaient Dartfish pour analyser leurs mouvements et les comparer avec leurs performances précédentes. Le logiciel analyse des paramètres comme la vitesse et les angles, ce qui permet aux athlètes de travailler sur des mouvements spécifiques.

Les prothèses de jambes permettent quant à elles de courir plus vite, jusqu’à devenir un sportif “augmenté”. On se souvient évidemment du coureur handicapé Oscar Pistorius, et de ses prothèses en fibre de carbone, les “Flex-Foot Cheetah”, qui lui conféraient un net avantage sur ses concurrents valides.

Oscar Pistorius

De l’augmentation au transhumanisme

De l’augmentation au transhumanisme (l’augmentation de nos capacités physiques grâce à la technologie, afin de devenir des surhommes), il n’y a évidemment qu’un pas à franchir. Il suffit de regarder le cas de Tiger Woods, qui s’est fait opérer des yeux pour améliorer sa vision (normale). 

Un jour, pour être tous à égalité, les coureurs utiliseront-ils tous des prothèses, comme s’il s’agissait d’une sorte de véhicule ? Les golfeurs se feront-ils tous opérer afin d’avoir plus que 10 sur 10 à chaque oeil ?

Pour Hugh Herr (grimpeur de haut niveau, il a du être amputé de ses deux jambes au niveau du genou à la suite d’un accident lors d’une ascension), les technologies d’amélioration de la performance permettront aux sportifs de “repousser les limites humaines, mais aussi de créer de nouveaux sports exactement de la même façon que l’invention du vélo a conduit à la pratique du cyclisme”. Chez les transhumanistes, on imagine même de nouvelles catégories sportives, par exemple une catégorie “100% humains”, une autre “modifiés à 50%”, ou encore une dédiée à tous ceux utilisant des prothèses.

Cependant, il ne faut pas oublier les valeurs premières des compétitions sportives. S’assurer que la technologie ne prenne pas le pas sur la performance de l’athlète, c’est aussi lui assurer l’accès à ce qu’il recherche à travers la compétition : à savoir se réaliser, emmagasiner des émotions et les partager, se dépasser en toute loyauté. Des victoires obtenues sans les nouvelles technologies qui faussent la compétition, sont plus valorisantes. Ces dernières posent d’ailleurs le problème de l’équité entre les athlètes car elles coûtent très chers et seule une minorité peut y avoir accès. 

By | 2019-02-24T10:41:33+00:00 February 24th, 2019|E-transformation du monde, Non classé, Sport / Gaming|0 Comments

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