Instagram : meilleur que les cours de SVT en matière d’éducation sexuelle ?

2017, affaire Weinstein, les réseaux sociaux contribuent beaucoup au débat par la large diffusion du #MeToo. Suite à ces événements, il semble que les femmes souhaitent se faire entendre et libérer la parole. Août 2018, le compte @tasjoui (compte supprimé depuis) est créé et a pour but de porter la voix des femmes et la libération de leur sexualité. Il ouvre alors la voie à de nombreuses pages qui participent désormais à ce qu’on pourrait qualifier de nouvelle révolution sexuelle. Quel rôle joue Instagram et quelles en sont les limites ? Retour sur la table ronde animée par Marie Bongars, le 10 février dernier : « Instagram, la nouvelle révolution sexuelle ?  ».

Il y a quelques semaines, j’ai assisté au lancement de la revue « Hystérique » du Collectif Junon. À cette occasion, le podcast « Une Sacrée Paire d’Ovaires » organisait un échange avec 5 femmes autour de la question : « Instagram, la nouvelle révolution sexuelle ? ». Animée par Marie Bongars, cette « table ronde » était composée de : Camille, du compte @jemenbatsleclito, Elvire et Sarah de @clitrevolution, Manon de @leculnu et Romie du @club89.fr. Ces utilisatrices d’Instagram tentent d’user du réseau social pour libérer la parole et informer sur les sujets liés à la sexualité et à la féminité.

Les cours d’éducation sexuelle (ou plutôt leur absence)

En amont de cette table ronde, Marie Bongars s’est renseignée auprès de profs de SVT sur la manière dont est traitée l’éducation sexuelle. Le constat : c’est LE cours de l’année « qui saute ». Il est quasi inexistant et se limite à l’évocation des risques liés aux MST. Pourtant, les cours d’éducation sexuelle font partie du programme scolaire obligatoire de la primaire jusqu’au lycée.

Le rôle d’Instagram

Pour pallier ce manque d’informations, ces comptes utilisent le réseau social préféré des jeunes pour informer et éduquer, de façon bénévole, engagée et bienveillante.

En effet, les chiffres Instagram postés récemment par Le Blog du Modérateur montrent que 41% des utilisateurs de la plateforme ont entre 16 et 24 ans et que les utilisateurs de moins de 25 ans passent en moyenne 32 minutes par jour sur l’application.

Selon Manon (créatrice du compte @leculnu, suivi par des abonnés à la fois très jeunes et plus âgés, hommes et femmes confondus) :

« Avec les nouvelles technologies on peut parler sexualité librement, mais le problème c’est qu’on a facilement accès à la pornographie. Lorsque des enfants de 11 ans s’interrogent, leur premier réflexe aujourd’hui est de taper « sexe » ou « x » dans Google. Cette pornographie gratuite et facile d’accès, qui banalise les violences sexuelles et dénigre la femme, ne doit pas avoir un rôle éducatif. Ce qu’on aimerait c’est que lorsque ces enfants vont sur internet, ils tombent sur ces pages Instagram, et qu’ils voient que c’est normal. Mon but, c’est de normaliser les choses et être une source d’informations sur ce dont on ne parle pas, car c’est gênant. »

Et cela ne concerne pas que les jeunes, Manon expliquait avoir reçu des messages de personnes plus âgées, notamment celui d’une femme mariée expliquant qu’elle « serrait les dents de douleur à chaque rapport », car sa mère lui avait expliqué que « toutes les femmes ne prennent pas de plaisir, le sexe c’est surtout pour les hommes ». Grâce au compte Instagram, elle a compris qu’elle était atteinte de vaginisme, que c’est normal et qu’il existe des solutions.

Camille, du compte @jemenbatsleclito, poste régulièrement des phrases du type : « Quand j’entends nos conversations de cul entre copines, c’est même pas que c’est hardcore, c’est que c’est le level au-dessus » ou « Je couche le premier soir et je t’emmerde », etc. Le but étant de libérer la parole sur des sujets qui touchent la majorité des gens, mais dont on ne parle pas. Elle explique avoir reçu énormément de messages, notamment de jeunes filles pensant avoir un problème à cause des pertes blanches. De même, de nombreuses femmes la remercient de les faire se sentir davantage « normales ». Notons que ses publications sont beaucoup partagées et envoyées en privé, et débrident ainsi les conversations des jeunes internautes qui ne sauraient les aborder autrement.

La censure

Bien que les utilisateurs et utilisatrices d’Instagram aient de bonnes intentions, la plateforme elle-même (ou plutôt son algorithme ?) a ses limites.

Cette semaine, le compte @jouissance.club (nouveau @jouissanceclub) en a fait les frais, supprimé, car « il allait à l’encontre des règles de la communauté d’Instagram. », il n’est pas le seul à subir cette censure. Lors de la table ronde, la question a été posée aux intervenantes. Résultat ? Toutes ont déjà subi la censure au moins une fois (publication supprimée pour @jemenbatsleclito ou encore compte suspendu pour une durée indéterminée pour @leculnu).

Delphine et Léa, les créatrices de @mercibeaucul_, où de belles photos et illustrations côtoient des textes pédagogiques, témoignent : « On a déjà été censurées à plusieurs reprises, surtout à cause des photos. Maintenant, on fait attention. On contourne les règles tout en les respectant… On se lâche sur les stories, où l’on peut mettre ce que l’on veut, ou alors on remplace un téton féminin par un masculin. C’est absurde, mais ça passe ! » Oui, car le téton masculin est autorisé.

Les intervenantes sont d’accord pour dire que la censure Instagram est l’expression du patriarcat numérique. Des comptes comme celui de @monsieurkay (que j’aime beaucoup, attention !) montrent des hommes relativement dénudés, aux tétons apparents, et ne sont pas censurés. On peut en citer d’autres comme @hesexyashell ou @howieyagaloophotography

Elvire et Sarah de @clitrevolution expliquent avoir parodié la chanson « Saint-Valentin » du rappeur Orelsan (dont le refrain est : « suce ma bite pour la Saint-Valentin ») et avoir été censurées sur Youtube. Elles déclarent : « quand il s’agit de sexime employé par un homme ca va, mais quand c’est pour démontrer ce sexisme avec une parodie, ca pose problème. ».

Marie Bongars ajoute, à titre d’information, que le sang menstruel et les accouchements sont interdits sur Instagram, et que certains hashtags comme #freethenipples et #curvy ont également été censurés. La censure de ce dernier (#curvy, qui signifie courbe) prouve que le corps de la femme est soit sexualisé, soit vu comme sale et qu’il faudrait cacher.

Autres limites

Autre limite soulevée par Elvire et Sarah (@clitrevolution) : lorsqu’on tient un compte Instagram, nous ne représentons qu’une seule voix, nous avons forcément notre identité et nos propos peuvent être mal interprétés. Marie Bongars rebondit justement là-dessus en expliquant avoir reçu des messages de personnes lui demandant « donc tu nous conseilles de faire ça ? », or elle ne conseille rien, mais donne simplement son avis.

Si Instagram ne peut pas remplacer de vrais cours d’éducation sexuelle dispensés par des personnes qualifiées et neutres, il peut définitivement être un lieu d’information, d’éducation, de libération de la parole et de partage. Il permet déjà à de nombreuses personnes d’en apprendre davantage sur leur corps, leur sexualité, leur santé, etc., grâce à des comptes éducatifs, ludiques et bienveillants. En censurant ces comptes, Instagram contribue à la méconnaissance sexuelle et renforce les tabous déjà présents autour de la sexualité.

Ces comptes ont besoin de votre soutien aujourd’hui plus que jamais. Je vous invite à partager et relayer l’information avec le hashtag #SexualityIsNotDirty. Faisons comprendre que l’éducation sexuelle n’est pas obscène, mais au contraire absolument nécessaire.

By | 2019-03-04T14:38:19+00:00 mars 1st, 2019|E-ducation, Social Media|0 Comments

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Social Media Manager du HUB Institute, étudiante au #MBADMB, passionnée par le social media, l'influence et la photographie.

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