Pourquoi s’intéresser à l’Internet des Objets (IdO ou IoT en anglais) est-il incontournable ?

I- Les origines de l’Internet des Objets (IdO ou IoT en anglais) en quelques mots…

Ce lapin ci-dessous vous dit quelque chose ? Il s’appelle Nabaztag (Mot arménien qui signifie…lièvre), c’est l’un des tout premiers objets connectés à avoir vu le jour. C’était en 2005. Deux ans auparavant, la société Violet, à l’origine de ce fameux lapin disparu en 2015, avait créé la lampe DAL, l’ancêtre des objets connectés. Pour les nostalgiques :

plemagueresse_IOT_IDO

Le terme d’Internet des Objets quant à lui est attribué à un représentant de la société Procter & Gamble, Kevin Ashton. Il s’agissait alors, en 1999, de faire le pont entre la technologie RFID et l’Internet.

II- Mais de quoi s’agit-il exactement ?

Plusieurs définitions coexistent et sont généralement assez longues. Preuve que cet ingrédient majeur de la transformation en cours a des contours encore mal définis ! J’ai retenu dans mes lectures, les deux suivantes.
Selon Les Echos, l’Internet des Objets (IoT) est un véritable écosystème regroupant :

  • des objets physiques capables d’émettre de la donnée grâce à des capteurs,

  • le réseau par lequel ces données transitent,

  • les plateformes capables de les recueillir et de les analyser.

L’IdO, selon Wikipedia est  « un réseau de réseaux qui permet, via des systèmes d’identification électronique normalisés et unifiés, et des dispositifs mobiles sans fil, d’identifier directement et sans ambiguïté des entités numériques et des objets physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter, sans discontinuité entre les mondes physiques et virtuels, les données s’y rattachant ».

« On peut comprendre l’IoT comme une nouvelle manière d’interagir avec les objets. »

Eric Dosquet, chief innovation officer , Avanade

III- Quels sont les bénéfices concrets que peut apporter l’IdO et à qui ?

L’Internet des Objets, comme la 5G, la Blockchain ou la Réalité Augmentée (sujets que nous avons traités dans nos précédents articles*) a vocation à concerner tous les types d’acteurs économiques (particuliers, collaborateurs, entreprises, organisations, etc.).

La première révolution technologique (le premier âge de la machine pour reprendre la terminologie d’Erik Brynjolfsson et d’Andrew McAfee) a été un formidable levier pour gagner en productivité pour l’humanité.
Le « deuxième âge de la machine », la transformation que nous vivons actuellement, présente un potentiel de gain de productivité à nouveau grâce à ces différentes technologies.
Mais l’IdO présente en plus à mon sens, un potentiel d’optimisation dans l’exploitation de nos ressources physiques notamment. Et cela tombe bien, car elles sont limitées !

Quelques exemples :

  • Dans nos maisons, par exemple des thermostats intelligents qui permettent d’optimiser à la fois le confort et la consommation d’énergie. D’autres exemples en vidéo ici : https://tinyurl.com/y63dlx5y

  • Dans nos villes, connecter l’infrastructure, mais aussi mesurer et optimiser toutes sortes de flux comme le trafic, la consommation énergétique ou les niveaux de pollution de l’air. Une illustration ici en vidéo : https://tinyurl.com/y5twsrf9

  • Dans nos usines, des machines qui échangent des informations entre elles pour limiter les risques de non-conformité, améliorer la maintenance prédictive, renforcer la sécurité, optimiser les stocks, etc. L’IdO est une des briques essentielles de l’usine 4.0.
    Une illustration ici : https://tinyurl.com/y5f8f68o

IV- Pourquoi alors s’intéresser à l’Internet des Objets ?

Les chiffres les plus fous circulent sur l’avenir de cette technologie. Par exemple, ce graphique publié par l’Usine Digitale qui s’appuie sur une étude d’IOT Analytics :

plemagueresse_IOT-IDO

Autre étude, produite cette fois par le cabinet IDC. Elle affirme que les dépenses mondiales dans l’Internet des objets devraient croître de 13,6% par an en moyenne pour atteindre 1 200 milliards de dollars en 2022. A titre de comparaison, c’est environ la moitié du PIB annuel de la France !

Au-delà de ces données, revenons aux fondamentaux de ce qu’est un objet connecté pour mieux en mesurer la portée.

Cet écosystème de l’IdO confère aux objets selon la Harvard Business Review :

  • Une capacité de monitoring: Comment, à quel moment, dans quel environnement, ces objets sont-ils utilisés ?

  • Une capacité de contrôle, d’interaction: Il est possible de déterminer les configurations d’exploitation de ces objets pour l’utilisateur et de modifier leurs capacités pour le fabricant, le tout à distance.

  • Une capacité d’optimisation: Les données générées par les deux capacités précédentes via le recours à des algorithmes, permettent à leur tour de tirer des enseignements sur les conditions idéales d’utilisation ou d’exploitation des objets.

  • Une capacité d’autonomie: La combinaison des trois premières capacités octroie aux objets la possibilité de mieux s’adapter à leur environnement (profil des utilisateurs, conditions dans lesquelles ils sont utilisés, la possibilité d’alerter en cas de risque de panne, etc.).

Une contribution majeure à un Big Data activable

On le voit, ces objets connectés participent, activement, à la création massive de données, au fameux Big Data. Aujourd’hui, l’évaluation des données stockées dans les systèmes informatiques du monde entier atteint 33 zettaoctets. Pour information, 1 zettaoctet, c’est 10 puissance 21 octet – un 1 suivi de 21 « 0 » ! En 2025, selon IDC, nous en serons à 175 zettaoctets, dont 90 uniquement pour les objets connectés.

Le traitement de cet afflux massif de données, surtout en temps réel, pose certes de nombreuses questions de capacité des infrastructures. Nous y revenons en fin d’article.
Mais, il va surtout générer une cascade de conséquences sur l’organisation des entreprises. Ce qui va obliger nous dit la HBR, à revisiter toute la chaîne de valeur ou presque. On peut même parler d’un avant et d’un après IoT.

Avant, les informations détenues au sein des entreprises sur l’utilisation des objets par leurs clients étaient :

  • Incomplètes : Les conditions d’utilisation du produit étaient mal connues, partielles

  • Discontinues: On disposait d’information au détour d’une enquête client par exemple, réalisée à un moment donnée et renouvelée assez rarement

  • Exploitées souvent en silo: Les données collectées par tel service de l’entreprise (les ventes par exemple) restaient dans ce service, idem pour le marketing ou la logistique

  • Faiblement utilisées in fine: Les « trous dans la raquette », les problèmes organisationnels, les moyens d’exploitation de la donnée, etc. tout concourrait à une exploitation non intensive de la donnée.

Désormais, le produit connecté peut partager une information complète sur comment il est utilisé : moments, fréquence, usages, etc. ** Cette information en temps réel peut alors être utilisée par tous les services de l’entreprise et au global de l’entreprise.

Un changement de relation entre la marque et le client induit par l’IoT

Prenons un exemple réel et qui a été largement médiatisé à l’époque. Deux Tesla S ont pris feu suite à la perforation de leur batterie électrique (https://tinyurl.com/y44mfn3a ).
Les conditions de circulation de ces véhicules ont été reproduites (état de la chaussée, vitesse, etc.). Une mise à jour du logiciel d’exploitation des véhicules Tesla S a été envoyée à tous les véhicules en circulation. Cette mise à jour prévoit un relèvement des suspensions dans de telles conditions. Elle réduit ainsi fortement le risque de perforation observé dans ces 2 cas.

Une des caractéristiques clés de notre époque est la volonté des consommateurs de disposer d’offres personnalisées, adaptées à leurs besoins contextuels. Un même consommateur peut passer une nuit en Formule 1, via AirBnB ou encore en Relais & Château selon le contexte. Respectivement, passer une nuit en transit pendant un long déplacement en voiture, profiter d’un week-end dans une ville européenne ou fêter les 10 ans de mariage avec son compagnon.
La capacité de différencier des offres est une des sources clés de création de valeur pour les fonctions marketing. Le consommateur paie plus cher une offre qui répond à ses attentes fonctionnelles, émotionnelles, symboliques / psychologiques.

Or, cette information en temps réel sur l’usage des produits permet aux fonctions marketing, avec l’aide des équipes développement de produit de mieux monitorer les différents usages, de les segmenter de façon fine (presque en one-to-one à terme !) et ainsi de proposer des offres présentant le meilleur rapport qualité-prix pour le consommateur final.
…et ce d’autant plus facilement que ces adaptations peuvent s’appuyer sur la partie logicielle du produit et non la partie physique. Cette dernière génère plus de contraintes et de coûts. Imaginez dans notre exemple qu’il ait fallu rappeler toutes les Tesla pour les modifier en usine !

Nécessité de revoir le business model de son secteur

Cet exemple montre que la relation entre le fabricant et l’utilisateur est en train de profondément changer. L’important n’est plus le bien que la marque vend à un client un jour, mais le lien qu’elle établit avec lui dans la durée. Le lien vaut plus que le bien.
Cette nouvelle réalité peut trouver des illustrations bien concrètes dans les business models choisis par les entreprises. Prenons le cas de Michelin qui a développé des pneus connectés. Les informations collectées permettent d’optimiser l’utilisation des produits.

Pour le moment, ils concernent une niche parmi ses utilisateurs (particuliers qui roulent sur circuits). Mais on peut imaginer facilement que Michelin puisse devenir prestataire en pneumatique, qu’au lieu de vendre ses pneus une fois, il assure un service de mise à disposition de pneus pour ses clients dans la durée. Et optimise, car le groupe y a intérêt, l’exploitation et le recyclage des pneus.
Nous l’écrivions en début d’article : l’IdO peut contribuer à renforcer l’efficience des acteurs et limiter ainsi les impacts sur la planète.    

Revoir toute la chaîne de valeur et même prévoir de nouvelles directions dans les entreprises !

Cette révolution de l’IdO touche la production (on l’a vu en début d’article), le marketing, les ventes, le développement produit (on vient de le voir).
Elle touche aussi la logistique. Comment imaginer que la fonction qui a vu naitre la RFID et est à l’origine du nom Internet des Objets, reste en dehors du mouvement ?
Elle touche aussi les Services RH. Comment faire en sorte d’intégrer des compétences nouvelles dans les différentes fonctions de l’entreprise qui vont être touchées par ce développement ?  Comment développer de nouvelles cultures d’entreprise davantage centrées sur la nécessaire collaboration entre les différentes fonctions, qui devront plus que jamais, savoir se parler et collaborer pour partager et exploiter ces données ?
Cette révolution appelle d’ailleurs selon Michael Porter à la création de nouvelles fonctions au sein des entreprises, en particulier, le service de « Gestion des données unifiées », géré par un CDO dont la mission sera, pour toute l’entreprise, d’agréger et d’analyser les données, de les partager avec les différentes fonctions. Il devra dépendre, toujours selon Mickael Porter, directement du P-DG.

V- Quels sont les facteurs qui peuvent empêcher le développement et l’exploitation de ces nouvelles données fournies par l’IdO ?

Plusieurs rédacteurs (journalistes bloggeurs, etc.) dont j’ai lu les contributions (cf. liste des sources en fin d’article) parlent d’Eldorado pour l’IdO. Pour mémoire, « El pais dorado », nous rappelle le Larousse, est un « pays chimérique où l’on a tout en abondance, où la vie est facile. ».
La route est parsemée d’embuches pour l’ère de l’IdO n’arrive. Listons ensemble les principaux et détaillons-les en quelques mots.

Rendre possible la gestion des données

Les volumes d’informations collectées vont être littéralement monstrueux. L’hétérogénéité de celles-ci et leur caractère pas toujours « structuré » vont présenter également des difficultés. Le traitement va nécessiter de stocker au préalable ces données dans un Datalake et de recourir à de nouveaux outils d’exploitation des données reposant sur l’Intelligence Artificielle. L’idée n’est pas forcément de tout exploiter, mais de repérer les « pépites » à l’aide d’un protocole analytique reposant sur 4 piliers :

  1. Décrire : Comment fonctionne le produit, comment il est utilisé, etc. ?
  2. Diagnostiquer : Comprendre les forces et les faiblesses du produit
  3. Prédire : Quels risques d’incident sur le produit, ou pourquoi pas, les risque que l’utilisateur se détourne du produit (churn) ?
  4. Prescrire : Que faire pour rendre les faiblesses repérées, inopérantes et les forces identifiées, actives ?

La sécurisation des données à garantir : confidentialité des données et cybersécurité

Au-delà des contraintes légales du RGPD en Europe par exemple, la création d’un lien fort avec le consommateur exige une éthique forte de la part des fabricants dans l’exploitation des données qui sont collectées via les objets connectés. Ce sera un facteur de différenciation dont des sociétés comme Apple essaye déjà de tirer parti (« Privacy Matters »).

Par ailleurs, comme je l’ai développé dans un précédent article***, les objets connectés peuvent être une porte d’entrée pour les pirates informatique. Ils appellent particulièrement à la vigilance de toutes les parties prenantes.

La consommation d’énergie à surveiller

Plusieurs possibilités existent pour faire circuler les informations issues des objets connectés. Des réseaux assez peu énergivores comme Sigfox ou encore Lora. Mais certaines applications de l’IdO nécessiteront de passer par la 4G voire la 5G (pour son débit et sa latence quasi nulle notamment). Solutions bien plus énergivores.
Stocker massivement les données, les traiter représentent aussi des sources de consommation électrique qui sont loin d’être négligeables aujourd’hui. Qui seront massives demain avec l’envolée exponentielle des données…

L’interopérabilité des réseaux à assurer

Un des intérêts de l’IdO est de connecter entre eux de nombreux objets pour obtenir des gains d’efficacité, de productivité, de performance. L’article des Echos le rappelle utilement :

« Dans les premières années, les objets fonctionnaient en circuit fermé. Depuis 2015, des investissements ont été réalisés pour créer des infrastructures en cloud (Azure IoT Suite, AWS IoT), qui permettent d’exploiter toutes les données sur une même plateforme. Et donc de pouvoir faire dialoguer les objets entre eux. Une vraie plus-value pour les consommateurs comme les entreprises.

Des dizaines de standards fonctionnant différemment. En termes d’expérience utilisateur, c’est très complexe. Or, il ne peut y avoir d’adoption de masse d’une technologie trop complexe à maîtriser. »

Ne pas oublier le consommateur final !

J’ai publié en 2016 un article à l’occasion du salon Distree Connect. J’indiquais alors qu’il était nécessaire d’identifier des insights consommateurs pertinents (quelles sont les vraies tensions que le consommateur n’arrive pas à résoudre à date).  Et si possible, les plus récurrents pour augmenter la valeur d’usage. Bref, indispensable de mettre le client au centre pour que le marché décolle.****

En conclusion… 

L’IdO est une des briques de la transformation technologique en cours. Il n’est pas sans risque, comme toute nouvelle technologie. Rien de bien nouveau depuis que l’homme a développé des technologies. En revanche, on voit que son plein développement dépendra du développement d’autres technologies.  Comme l’IA pour gérer les volumes de données générées, la 5G pour permettre des transferts de données sans latence. Ou encore comme la Réalité Augmentée pour faciliter la visualisation des données.
On voit ainsi que toutes les technologies en cours de développement (IA, IdO, RA, RV, 5G, Robotique, etc.) constituent un écosystème. Les développements de l’un encourageant celui de l’autre et réciproquement.
La « recombinaison » des technologies pour reprendre le terme utilisé par Erik Brynjolfsson et Andrew McAfee dans « Le Deuxième âge de la machine », encore sous-exploité aujourd’hui, peut ouvrir la voie à de nouveaux gains de productivité massifs.   

Je vous retrouverai avec plaisir fin mai pour vous rendre compte d’une interview. Interview que je vais conduire auprès d’un représentant d’un acteur majeur de l’Intelligence Artificielle…
D’ici là, n’hésitez pas à échanger avec moi, à commenter et à partager cet article !

Philippe Le Magueresse
3 mai 2019

* J’ai eu l’occasion de traiter de ces autres composantes majeures de la transformation en cours :
La 5G : https://wp.me/p7gTO8-bk8
La Blockchain : https://tinyurl.com/y2z2xhvb
La réalité augmentée https://tinyurl.com/y2ugrmks

** Ces données peuvent apporter une réponse au « Comment » le produit est utilisé, mais plus difficilement au « Pourquoi » il est utilisé. Je vous renvoie vers un article que j’ai rédigé sur la différence entre le comment et le pourquoi dans l’exploitation du data déluge actuel : http://ow.ly/wqu030gRJN8

*** Mon article consacré à la cybersécurité : https://wp.me/p7gTO8-cie

****Pour lire l’article sur le difficile décollage des objets connectés en intégralité : https://tinyurl.com/y53pz7da

Sources utilisées :

https://fr.wikipedia.org/wiki/Internet_des_objets

https://start.lesechos.fr/actus/digital-technologie/comprendre-l-internet-des-objets-iot-en-5-questions-12253.php

https://www.hbrfrance.fr/magazine/2016/03/10098-comment-les-objets-intelligents-connectes-transforment-les-entreprises/

https://www.welcometothejungle.co/fr/articles/focus-sur-l-internet-of-things-iot-l-essentiel-a-savoir

https://www.lesechos.fr/partenaires/macif/michelin-met-au-point-le-premier-pneu-connecte-134510

By | 2019-05-05T20:21:28+01:00 mai 5th, 2019|IoT, Transformation digitale|0 Comments

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Stupéfait par la transformation en cours, j’ai décidé de suivre le MBA DMB pour mieux la comprendre et en tirer parti pour ma mission professionnelle : simplifier la compréhension des marchés et faciliter les prises de décisions pour mes clients, à l'aide des data.

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