La civilisation du poisson rouge : tout savoir sur ce traité dont tout le monde parle !

Livre

Avec le traité « La civilisation du poisson rouge » tout a commencé fin juillet dans ma voiture. Me rendant en Espagne et ayant 3 heures de route et autant de temps à tuer, j’ai comme à mon habitude, commencé à écouter un épisode de « Génération Do It youself » un de mes podcasts favoris. https://www.gdiy.fr

Dans cette épisode Matthieu Stefani reçoit Anne Méau fondatrice de l’agence Image 7 spécialisée dans la communication politique et institutionnelle de crise. https://www.gdiy.fr/2019/07/21/88-anne-meaux-image-7-comment-conseiller-le-president-de-la-republique-et-les-patrons-du-cac40/ . Cette brillante sexagénaire nous raconte, entre autre, que le livre qu’elle a le plus offert ces derniers temps est le dernier essai de Bruno Patino intitulé « La civilisation du poisson rouge ».

Intéressée par cette notion d’économie de l’attention dont il est précisément question dans cet ouvrage je me suis procuré sans attendre le dit traité !

C’est donc en Bretagne sur ces plages immenses et balayées par un vent frais bienvenu, que j’ai pu me livrer à la lecture de cet opuscule dont on ne sort pas indemne…

Comment en suis-je sortie ? Quelles sont les points forts de cette lecture et les points à améliorer ? Que peut-on entendre sur ce livre qui est devenu en quelques semaines un best- seller ? C’est ce que je vais essayer de vous exposer dans cet article !

Ce que j’ai aimé

Un peu à l’image de Michel Serres, Bruno Patino éminent spécialiste des médias remet les pendules à l’heure et appelle un chat un chat sans se réfugier dans le politiquement correct. On peut dire que cet ouvrage fait le procès des GAFA et compagnie et de leur modèle économique pensé pour transformer le cerveau humain en cerveau de poisson rouge !

Il décortique les mécanismes huilés, testés et approuvés par les géants Google, FB et autres réseaux sociaux qui fonctionnement comme un cercle vicieux : Il dénonce les modèles économiques de ces géants de l’internet centrés sur la captation de notre attention et en fait la source de l’or noir du 21ème siècle les datas nécessaires à l’entrainement et à l’éducation d’intelligences artificielles développées dans des interfaces construites pour attirer encore et toujours plus notre attention et nous vendre de la publicité ou des services qui sont sensés capter encore et toujours plus notre attention et ainsi de suite … Attention quand même ! B. Patino ne se contente pas de remettre en cause les GAFA et divers penseurs de la Silicone Valley et de Stanford.

Là où ce livre m’a interpellé c’est qu’il donne une vision « historique » de la révolution internet que nous vivons. Il nous permet de remettre l’histoire avec un grand H en perspective et nous fait prendre de la hauteur.

Comment ?

Il montre comment l’utopie originelle sur laquelle est né internet s’est transformée en une pure dystopie. Il détaille la vaste trahison des années 2000-2010 période pendant laquelle internet a vu naitre les réseaux sociaux et plateformes géantes prenant délibérément le virage de l’économie de l’attention. Résumé clairement : on est passé d’une philosophie de partage gratuit et universelle des connaissances et des informations à une marchandisation de tout répondant plus aux règles du profit maximal que de l’intention humaniste de départ.

Pour cela il s’appuie sur 2 personnages clés peu connus du grand public :

Le libertaire John Perry Barlow, qu’il utilise pour illustrer l’utopie de départ. J.Perry Barlow, californien pur souche,  mi écrivain-parolier-journaliste mi-hacker de l’ombre créa l’Electronic Frontier Foundation et rédigea en 1996 la déclaration d’indépendance du cyberespace. Il était, avec Tim Berners Lee, l’un des défenseurs de l’utopie qui présida à la création d’internet dans les années 80 : « La création d’un monde qui est partout et nulle part, sans territoire ni réalités physiques, et dont le principe unique doit être la liberté d’accès et d’expression sans entrave » et comme le dit Patino : « Le développement numérique est par cela lié à l’apparition d’un monde meilleur » (extrait des P42 et 43)

Rapidement (dès la P51) Patino nous fait déchanter : « Les croyants de la noosphère numérique pariaient sur la raison et le partage, pour atteindre une sorte de spiritualité collective. Leur utopie s’est effacée pour rejoindre le débarras encombré des illusions brisées. »

Il y a en effet une grande différence entre ceux qui ont pensé l’internet et les acteurs de l’économie réelle qui l’ont construit par la suite !

Entre en scène le 2ème personnages clé que nous présente B.Patino : BJ.Fogg, mormon originaire de Fresno, Californien, auteur d’une thèse sur « les ordinateurs  charismatiques » autrement dit la spécificité de la relation entre l’humain et l’ordinateur.     Il crée le Persuasive Lab au sein de l’université de Stanford.

Apprenti sorcier de l’expérience numérique BJ.Fogg met en relation 2 ensembles : d’un côté les comportements humains, de l’autre, les technologies numériques. Son but est de faire se superposer les 2 ensemble en créant une nouvelle science inspirée des comportements observés surtout chez les adolescents : « la captologie ou l’art de capter l’attention de l’utilisateur, que ce dernier le veuille ou non ». (Extrait de la P62)

Il devient THE gourou dans la Silicon Valley, formant les futurs créateurs et leaders des GAFA en leur apprenant comment des interfaces bien pensés peuvent influencer, modifier, transformer les comportements humains au point de les asservir au service de profits toujours plus énormes ! On va jusqu’à parler de Dark Design ! CQFD : nous voilà au cœur du sujet !

Je ne vais pas « spoiler » tout le récit mais la captologie, l’économie de l’attention et les conséquences que l’on connait sur nos comportements, sont largement expliquées ensuite à travers de nombreux exemples fournis par les interfaces des réseaux sociaux et autres plateformes de divertissement. (Addictions, baisse des capacités de concentration, monétisation des datas, modifications profondes des comportements entrainant des risques pour la santé mentale, IA etc …)

C’est d’ailleurs cette partie du livre qui est là plus largement commentée par les médias ! Il est vrai que le discours à juste titre alarmiste sur le FOMO, les addictions aux réseaux sociaux et autres dangers du monde numérique sont les messages que le grand public identifie en priorité.

Mais il y a, selon moi, d’autres messages essentiels dans ce livre. Il nous raconte l’histoire de la révolution internet et ses débordements mais a le mérite de proposer toute une série de solutions, d’adaptations et regarde vers demain de manière non pas catastrophiste mais constructive !

Patino livre une réflexion intéressante qui me reste en tête : La révolution industrielle était sensée améliorer la vie des humains et elle a surtout permis de dégager du temps libre en dehors du travail. A l’inverse la révolution numérique a confisqué notre temps mis au service des GAFA et du développement de leurs business ! Voilà le paradoxe de l’économie de l’attention !

Ce que j’ai moins aimé

Certes, il est clair que nous ne sommes pas en face d’un roman de Guillaume Musso (très divertissant par ailleurs !), mais le style de B.Patino est parfois un peu soporifique : beaucoup de passages sont archi- techniques et il m’est arrivé des tonnes de fois de devoir relire 2 ou 3 fois un paragraphe pour continuer à suivre le raisonnement !

Je regrette justement que ce livre qui porte des messages essentiels et qui permet de décrypter le dessous des cartes et les enjeux de demain en proposant des solutions, ne soit pas plus accessible.

A nous maintenant de livrer une version simplifiée au plus grand nombre en particulier aux plus jeunes dans les écoles pour leur faire toucher du doigt les plus et les moins du monde numérique dans lequel ils sont nés ! Une version simplifiée pour aider aussi tous ceux qui manquent de culture numérique et qui sont les premières victimes des effets pervers du capitalisme de l’attention que B. Patino dénonce dans ce livre !

Et après la lecture ….

Petite manie de formatrice, j’aurais envie de consacrer plusieurs heures de cours à décrypter avec mes étudiants ce bouquin qui est, en l’état, difficilement à leur portée. En effet, la plupart de ces gentils poissons rouges n’ont plus la faculté de concentration et d’attention suffisante pour faire l’effort de lire ! J’ai envie de relever ce défi avec eux : dépasser les 9 secondes d’attention possible et leur ouvrir les yeux sur les 4 combats que propose Patino pour demain :

  • Combattre les idées fausses.
  • Imposer un cadre normatif pour réguler l’application des algorithmes de captation de l’attention.
  • Réfléchir au cadre juridique des plateformes qui sortirai du « modèle américain de l’irresponsabilité éditoriale des hébergeurs ».
  • Développer des offres numériques « qui ne répondent pas à l’économie de l’attention » par exemple des réseaux sociaux « publics » c’est-à-dire soutenus par l’Etat et échappant à la logique du marché publicitaire !

L’ordonnance de B.Patino est finalement simple

Et si il y a 5 pages à lire dans ce livre ce sont celles- là (P158 à 162) qui nous disent en substance :

  • Créer des lieux « internet free » des zones hors connexions où nous serions protégés et où l’humain pourraient mettre leur cerveau en position numérique « off »
  • Faire des pauses numériques, inventer le téléphone portable qui intégrerait un mode détox. Imaginer un message FB qui nous dit : « Vous avez atteint votre quota de temps passé chez nous, faites une pause ! »
  • Expliquer, éduquer pour offrir une culture numérique au plus grand nombre (ce que je disais plus haut !)
  • Ralentir : reprendre la main sur le temps qui passe. Militer pour l’initiative SOL : Si On Lisait !

Après avoir refermé ce livre j’ai pensé que finalement c’est toujours la même histoire à chaque révolution, l’humanité évolue en 3 étapes :

  • Etape 1 : Les utopistes, rêveurs et révolutionnaires visionnaires font changer l’être au monde
  • Etape 2 : Des apprentis sorciers détournent souvent le postulat de base pour des histoires d’argent, d’avoir le pouvoir économique. Les utopistes des débuts se sentent alors complètement trahis.
  • Etape 3 : L’humanité étant collectivement intelligente se rendant compte de ses déviances finit par inventer les règles de fonctionnement du nouveau monde crée alors !

Ca, c’est mon côté optimiste et je ne crois pas que sur ce point B.Patino me contredirait ! D’ailleurs, cet été mon ado de 16 ans en a eu marre de son smart –phone et des séries Netflix en boucle et m’a demandé de lui commander un bouquin pour se remettre à lire ! Restons optimiste je vous dis ! L’économie de l’attention, sauvage et néfaste aujourd’hui saura un jour s’auto-discipliner !

Pour en savoir plus

Interview de B.Patino sur France Info : https://www.francetvinfo.fr/replay-radio/info-medias/ecrans-reseaux-sociaux-sommes-nous-tous-des-poissons-rouges_3410437.html

Pour une analyse détaillée du traité La civilisation du poisson rouge, je vous conseille cette vidéo de Michel Drac sur Agora vox  : https://www.agoravox.tv/actualites/societe/article/michel-drac-presente-la-82010

About the Author:

Diplomée de @Neomabs et étudiante part time au #MBADMB. Mon métier : le marketing, ma passion : le diy et la créativité.

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