Wheeliz : le 1er site d’autopartage pour handicapés

Avez-vous déjà testé l’autopartage ? C’est simple comme bonjour, on s’inscrit sur une plateforme et on trouve son bonheur en deux clics trois mouvements… à condition bien sûr d’avoir toutes ses capacités physiques.

Il en est autrement pour Charlotte de Vilmorin, une charmante jeune femme de 25 ans, rencontrée lors du HackingParis2024 le 16 mars dernier, qui se déplace en fauteuil roulant, et qui a besoin d’un véhicule adapté. Lorsqu’une amie l’invite à son mariage, Charlotte ne peut s’y rendre car elle ne trouve pas de moyen de locomotion pour ses déplacements sur place. «L’hôtel était aménagé. Le lieu de réception aussi. Le train, pas de souci non plus, énumère-t-elle. Mais comment se déplacer une fois arrivée à la gare ? Je n’avais pas de solution pour faire ces derniers kilomètres».

Comment aurait fait n’importe quel invité valide ? Il aurait loué une voiture, quoi de plus naturel ! Seulement, là ou une journée de location d’un véhicule ordinaire coûte entre 30 et 50€/jour, les véhicules pour handicapés atteignent facilement entre 80 et 200€/jour selon les équipements. Charlotte a alors une idée de génie. Elle fait un constat : il existe déjà plus de 100 000 voitures particulières aménagées en France, détenues par des particuliers, et elles sont loin d’être utilisées tous les jours. Des biens qui coûtent très cher à l’achat : entre 20.000 et 50.000 euros. Les louer permettrait de rentabiliser cet investissement conséquent réalisé par les propriétaires.

Ni une ni deux, la jeune femme imagine comment adapter à ses pairs le service phare de l’économie collaborative, l’autopartage.

Wheeliz Logo+ Slogan
Charlotte fonde ainsi Wheeliz, un service d’autopartage de voitures aménagées unique, collaboratif et solidaire qui offre plus de liberté à quelques 400.000 personnes en fauteuil et 1,2 million de personnes âgées en perte de mobilité.
Et ce en toute sécurité grâce au partenariat de Wheeliz avec la MAIF qui couvre la voiture en tous risques.

Il suffisait d’y penser, direz-vous ? Pas si évident.

« Je crois que le monde des start-ups et l’innovation est encore déconnecté des besoins des personnes handicapées », confie Charlotte dans une interview à Mashable en 2015. « Pour moi, il est essentiel de créer et de construire une communauté de partage durable dédiée au problème de mobilité. »

 

Le collaboratif aide le collaboratif

Wheeliz Voiture

Lorsque la question de financement s’est posée pour Wheeliz, Charlotte de Vilmorin a dû surmonter de nombreux obstacles liés à son état, qui visiblement posait à ses interlocuteurs un problème de crédibilité. Des banques ont refusé de lui octroyer un prêt : « vous êtes certaine que vous voulez demander un prêt pour une entreprise et non un particulier ?», un conseiller Pôle emploi lui a gentiment suggéré de «laisser tomber», à plus d’une reprise Charlotte aurait pu se décourager. Mais ce serait mal la connaitre !

Une fois de plus, l’économie collaborative devient un réflexe salvateur pour Wheeliz.

«Le monde de l’entrepreneuriat est très enthousiaste: les gens y sont ouverts d’esprit et optimistes. La culture internet décloisonne aussi beaucoup la société, fait tomber les barrières.»

Cette culture a heureusement facilité le lancement de Wheeliz : fin 2014, Charlotte et son associé Rémi lancent une campagne de financement participatif sur KissKissBankBank. Le projet touche et engage, avec 20 670 € collectés auprès de 361 KissBankers en 40 jours, dépassant largement son objectif initial de 15 000€.

«Wheeliz n’est pas une révolution, c’est une évidence», indique la description du projet.

« J’ai reçu un message d’une femme qui n’était pas sortie de chez elle depuis trois ans et qui voyait bien ce que Wheeliz pourrait lui apporter, raconte Charlotte. Les retours que nous avons eu ont validé le besoin que nous pressentions ».

Aujourd’hui, en mars 2017, Wheeliz totalise 4000 utilisateurs, 500 voitures disponibles et 1980 journées de location.

Le site s’est fait connaitre grâce aux campagnes décalées à l’image de sa cofondatrice, blogueuse et écrivain à l’humour décapant.

Contre toute attente, les premiers clients étaient principalement des quadragénaires ou quinquagénaires qui ont eu recours à Wheeliz pour s’occuper de leurs parents handicapés. «Cela témoigne d’un autre problème que connaissent beaucoup de personnes en situation de handicap: une précarité à la fois sociale et financière», rappelle Charlotte de Vilmorin, qui souhaite que Wheeliz «rende aussi la mobilité accessible financièrement» aux personnes handicapées.

« Le collaboratif permet de trouver des solutions pour toute la communauté et crée un sentiment de solidarité très vertueux » conclue Charlotte dans son pitch au Demospace du Hacking Paris 2024, l’événement phare de la Mairie de Paris dédié à l’écosystème start-up parisien. « Wheeliz a même signé dernièrement un partenariat avec l’association « Les petits Princes » pour réaliser les rêves d’enfants malades».  L’autopartage solidaire entre handicapés a de beaux jours devant lui et la communauté s’agrandit chaque jour un peu plus grâce à une ambassadrice et porte-parole courageuse et passionnée : Charlotte de Vilmorin.

Wheeliz a reçu le trophée du meilleur projet aux Assises de la Finance Participative, le prix de l’Engagement Citoyen du concours Moovjee Innovons Ensemble, le prix de l’Etudiant Entrepreneur en Economie Sociale et Solidaire, et est soutenu par BPIFrance et la CCIP.

A lire :

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Ne dites pas à ma mère que je suis handicapée, elle me croit trapéziste dans un cirque, de Charlotte de Vilmorin, Éd. Grasset, 208 p. ; 16 €