Au cours du process de réflexion sur mon sujet de thèse professionnelle pour le MBA DMB (Digital marketing and Business), Lionel Reichardt (fondateur de 7C’s Health) m’a conseillé de lire le rapport rédigé par Eric TOPOL « Preparing the healthcare workforce to deliver the digital future » (Comment préparer les professionnels de santé, pour être pleinement acteur dans le monde numérique de demain? ). Ce rapport indépendant, rédigé à la demande du NHS (National Health service, organisation représentant le système de santé public du Royaume-Uni) est disponible depuis Février 2019 (télécharger ici). Les patients faisaient partie intégrante des discussions au même titre que des experts du Royaume-Uni et de l’étranger. C’est la première fois qu’un aussi vaste éventail de compétences est réuni pour anticiper et débattre de l’impact des innovations numériques en santé.

« Nous avons eu un nombre impressionnant de réponses à nos demandes d’exemples concrets pour illustrer nos propos. Les exemples émanent de particuliers et d’organisations, avec des réponses de centaines de représentants de patients, de groupes professionnels, de l’industrie, éducation, régulateurs et organismes nationaux. »

commente Eric Topol dans son rapport.

En parallèle en France le Leem (Les Entreprises du médicament) a publié en Février 2019 un rapport sur la santé en 2030 (télécharger ici).  Le ministère de la solidarité et de la santé a, quant à lui, publié en Avril dernier une feuille de route pour « accélérer le virage du numérique » d’ici 2022. 

Pour ma part, j’ai trouvé la lecture du rapport du NHS pragmatique et visionnaire. L’angle de vue est différent de celui des analyses françaises du Leem et du ministère de la santé. Ce rapport se détache des problématiques actuelles pour se réinventer dans le monde de demain. C’est pourquoi je souhaitais en faire un résumé en espérant que cela vous donnera envie de le lire. 

Postulats de départ

Premier constat 

Du fait de l’allongement de l’espérance de vie et d’une vie dans de meilleures conditions, la demande de soins augmente inexorablement.

En parallèle la main-d’œuvre évolue. La plupart des gens cherche un bon équilibre entre vie professionnelle et vie privée. La flexibilité des postes et des horaires est aussi très recherchée.  

Pour répondre à cette demande croissante, il va falloir augmenter le nombre de professionnels de santé.

Deuxième constat

Les technologies numériques dans la santé, sont un nouveau moyen de relever les grands défis de la santé du 21ème siècle. De quelles technologies parle-t-on?  La génomique, la médecine numérique, l’intelligence artificielle (IA) et la robotique.

En combinant ces 2 postulats, on comprend bien qu’il est vraiment très important d’anticiper l’impact de l’innovation technologique sur les rôles et les fonctions des professionnels de santé au cours des deux prochaines décennies.

L’analyse faite dans ce rapport suggère que ces technologies numériques ne remplaceront pas les professionnels de santé, mais les amélioreront, voire les « augmenteront ». En fait les soignants auront plus de temps pour prendre soin des patients. Certaines professions seront plus touchées que d’autres. Dans tous les cas, l’impact sur les résultats pour le patient devrait être positif.

D’ici 20 ans, 90% de tous les emplois du système de santé anglais  (NHS) nécessiteront un minimum de compétences numériques.

Harmonisation des niveaux d’alphabétisation numérique

Les professionnels devront pouvoir naviguer dans un environnement riche en données et avoir des connaissances en numérique et en génomique. Par conséquent, il va falloir évaluer et harmoniser leurs différents niveaux « d’alphabétisation numérique » . Ce niveau dépend souvent de l’âge et/ou du lieu de travail.

D’autre part, l’arrivée de ces technologies doit être l’occasion d’aborder la question de la gouvernance des données, des préoccupations concernant la cybersécurité et de convenir d’un cadre éthique. 

Enfin, il faudra s’assurer que la technologie de pointe ne déshumanise pas les soins. De la même façon que l’automatisation améliorera l’efficacité, elle ne devrait pas remplacer les interactions humaines.

Les trois principes pour soutenir le déploiement des innovations numériques en santé:

1. Les patients doivent être inclus en tant que partenaires et être informés sur les technologies de la santé, sans exclure les personnes vulnérables et marginalisées. 

2. Les professionnels de santé ont besoin d’expertise et de conseils pour évaluer les nouvelles technologies, et les utiliser dans les essais de vie réelle.

3. Le cadeau du temps: autant que possible l’adoption de nouvelles technologies devraient permettre aux professionnels de santé de gagner plus de temps pour « le soin ». L’idée serait de favoriser une interaction plus profonde avec les patients.

Les innovations numériques en santé à fort impact: la génomique, la médecine numérique et l’IA

On doit intégrer dès aujourd’hui qu’à l’avenir la génomique, la médecine numérique et l’IA auront un impact majeur sur la santé. De nombreuses technologies émergentes seront particulièrement importantes pour les professionnels de santé. Par exemple, le séquençage à faible coût, la télémédecine, les applications pour smartphone, les biomarqueurs pour le diagnostic et la surveillance à distance, la reconnaissance vocale et l’interprétation automatique des images…

Une relation patients et soignants de moins en moins paternaliste

Le développement des technologies numériques en santé va permettre d’accélérer encore ce processus, avec des individus mieux informés sur leur santé. Ils prendront des décisions de traitement en collaboration avec le personnel soignant.

La génomique

Elle a a le potentiel de transformer la prise en charge des maladies génétiques. Des diagnostics plus précis, sur un éventail plus large de maladies génétiques, permettent aux patients de connaître leur probabilité de développer l’une de ces maladies. La connaissance diminue le niveau d’angoisse et améliore la prise de recul. Par conséquent les décisions seront prises et suivies de manière plus sereines. 

Il est d’ailleurs nécessaire de mettre en place un cadre précis dans lequel les professionnels de santé peuvent utiliser les données génomiques. Il est important par exemple de protéger l’anonymat des patients et garder ainsi le soutien et la confiance des citoyens.

La médecine numérique

C’est une des innovations numériques qui change déjà la façon dont les gens interagissent dans le système de santé: 

  • La surveillance à distance change la façon dont les soins sont fournis. Même si presque 90% de la population utilise régulièrement Internet, à ce jour, seulement 1/4 s’est inscrit aux services en ligne pour la consultation de généraliste.
  • Les applications pour smartphone aident les patients à s’auto-gérer et à demander des renouvellements d’ordonnances. Les professionnels de santé devront travailler avec les patients pour co-créer des applications numérique qui répondent à leurs besoins.

L’intelligence artificielle

L’utilisation de technologies basées sur l’IA, comme l’interprétation automatisée de l’imagerie médicale en radiologie 

conduira vers un diagnostic plus rapide. En parallèle, le développement de taches effectuées par reconnaissance vocale, libéreront plus de temps pour dispenser les soins. 

L’IA va transformer les données générées par les patients en informations cliniquement utiles. L’IA permettra d’habiliter les patients à gérer leur propre santé ou à rechercher le soutien médical approprié. 

Le développement de  l’utilisation de technologies basées sur l’IA et la conception robotique devraient se concentrer sur le bénéfice patient. On imagine bien de nouveaux produits co-développés en partenariat avec les patients depuis la conception jusqu’à la mise en œuvre.

En résumé, les nouvelles technologies nous permettront de nous concentrer plus fortement sur la prévention, le soin et le bien-être. 

Cependant, il est essentiel que le système de santé se prépare à adopter toutes les nouvelles technologies dans un esprit d’égalité et d’équité. On sait déjà qu’un certain nombre de critères sociaux influe sur les améliorations perçues par les patients. Il faudra donc éviter que le déploiement de technologies numériques ne renforce les inégalités. Ce déploiement devrait plutôt permettre d’accorder une attention particulière aux personnes vulnérables et aux groupes marginalisés.

La formation aux innovations numériques des professionnels de santé

Impliquer davantage les patients dans la connaissance et le suivi de leur pathologie ne suffit pas pour faire évoluer un système de santé. Le point de la formation des professionnels de santé est aussi crucial. La formation doit rapidement intégrer des notions de génomique et de médecine numérique. Les professionnels de santé doivent prendre en main leur besoin de formation sur l’innovation technologique en santé. Cela permettra de pouvoir bénéficier des apports potentiels de la médecine numérique (diagnostic précoce, soins personnalisés et traitements). On accélérera ainsi leur capacité à analyser, interpréter et prendre des décisions en utilisant l’intelligence artificielle. Quand nous passerons au séquençage du génome entier, la génomique s’étendra au-delà des maladies rares et des cancers. Cela permettra à ceux qui s’y connaissent de mieux appréhender la prévention et à la prise en charge avant l’apparition même de la maladie.

Conclusions

  • les patients seront habilités à participer plus pleinement à leurs propres soins,
  • Les changements s’opèreront d’autant mieux qu’il y aura l’accréditation de modules de formation continue. Ces formations seront concentrées notamment dans le domaine de la génomique et des technologies du numérique. Elles seront flexibles, et devrait permettre de développer des opportunités de carrières.
  • Il faudra identifier tôt les futurs « champions » ou influenceurs.
  • La création de réseaux sera favorisée afin de permettre l’apprentissage collaboratif.
  • Les dirigeants des organismes de santé devront acquérir un bon niveau de connaissance. C’est là le meilleur moyen pour soutenir l’innovation et le changement.

C’est une période extraordinaire où les organismes de santé vont pouvoir tout mettre en place pour bénéficier et capitaliser sur les avancées technologiques. 

Eric Topol

Afin d’illustrer plus concrètement l’évolution des métiers dans la santé, je partagerai dans un prochain article des exemples de parcours métiers dans la santé. On retrouvera les évolutions de métiers à travers des persona, représentants chacun un type d’évolution possible. Ces persona sont décrits dans le rapport pour la NHS.