Lumière sur la MedTech Afrique - Comment la technologie améliore la santé en Afrique
Lumière sur la MedTech africaine

Après avoir accumulé un retard technologique handicapant, l’Afrique s’empare aujourd’hui des différentes innovations de pointe. Elle se place dans une dynamique proactive plutôt qu’une simple dynamique de rattrapage. Paiement mobile, Fintech ou encore smart cities, les domaines en pleine transformation sont nombreux. Malgré les avancées technologiques, l’état sanitaire est mauvais et le continent est régulièrement en proie à des épidémies. Afin d’améliorer la santé des africains, diverses start ups utilisent la technologie pour développer des solutions.

La MedTech africaine, précurseur dans l’amélioration de la santé

Structurellement et historiquement, l’Afrique est la région du monde la plus touchée par des épidémies et des maladies particulièrement meurtrière telles que Ebola ( environ 13 000 victimes depuis 1976) ou le VIH qui comptait plus de 26 millions d’infectés en 2017. Cela est notamment dû au déficit des infrastructures, des équipements et des systèmes sanitaires. Le manque de personnel soignant constitue également un facteur, tout comme l’accès limité aux soins et aux médicaments et l’hygiène précaire. Par ailleurs, le continent se trouve à la croisée des chemins d’un point de vue sanitaire. En effet, viennent s’ajouter à cette situation déjà critique, des pathologies propres aux pays plus développés : diabète, obésité etc… Il doit donc se battre sur les deux fronts en simultané.

En 2017, il y a en Afrique seulement 2 médecins et 11 infirmiers pour 10 000 personnes
Quelques chiffres sur le secteur de la santé en Afrique

De plus en plus d’initiatives technologiques sont ainsi créées pour résoudre les problèmes sanitaires et lutter contre les différentes maladies endémiques.

En 2018, le salon Viva Technology a mis en lumière l’Africatech et ses start up oeuvrant pour la santé. Auparavant confrontées à des problèmes de financement, elles arrivent désormais à convaincre les investisseurs. Dépistage à distance, livraison de sang par drône, couveuses connectées sont autant de projets qui permettent d’améliorer la santé des personnes.

Zoom sur certaines de leurs utilités principales :

Pallier la difficulté d’accès aux centres médicaux

Les populations vivant dans des zones reculées pâtissent de l’éloignement des centres médicaux. Pour remédier à cela, c’est désormais les soins qui commencent à venir vers elles.

Par exemple, Peek est un kit ophtalmologique qui réalise des examens oculaires via un téléphone portable. La personne doit simplement se prendre en photo et le dispositif diagnostique les maladies (grâce à des photos rétiniennes en haute qualité).

En 2017, la Tunisie a déployé une solution de télé-médecine avec le soutien de l’Agence Française de Développement. L’outil vise à combler l’absence de médecins spécialisés qui oblige les tunisiens à effectuer de très longs trajets pour consulter.

Au Sénégal, certaines régions comme celle de Kolda connaissent une pénurie de gynécologues. L’AMRF, une ONG africaine a donc créé le programme Cellal e Kisal pour y remédier. Cette valise connectée est équipée d’un échographe et habilite les femmes vivant dans des villages reclus à effectuer des consultations pré-natales régulières à proximité de chez elles. Si un problème se présente, une clé 3G permet l’envoi des images en direct à un gynécologue qui pourra alors diagnostiquer à distance. L’appareil peut également réaliser d’autres tests comme le dépistage du VIH.

Réduire le manque d’informations du patient comme du médecin

Dans certaines régions d’Afrique, un grand nombre de personnes n’ont pas accès aux informations de santé. L’ONG Gret a ainsi créé « AlloLaafia » qui informe les familles abonnées par sms ou messages vocaux sur des sujets santé comme la nutrition ou les suivis de grossesse. Autre initiative, Gifted Mum, application créée au Cameroun qui permet aux femmes enceintes de se renseigner et se soigner.

De plus, l’absence de système de santé dans certains pays empêche également aux médecins et aux différents acteurs médicaux de disposer de toutes les informations sur leurs patients. Pour surmonter cela, KeaMedicals a développé au Bénin un carnet de santé numérique accessible par QR code en partenariat aves les acteurs médicaux locaux. Au Kenya, la start up Care Pay a développé la plateforme M-Tiba. Celle-ci utilise une solution de paiement mobile pour payer les consultations via une assurance santé.

M-Tiba, la couverture maladie en ligne

Une autre problématique alarmante est à relever : en Afrique, une décision sur deux est une erreur médicale. Pour aider les médecins, Sédric Degbo a fondé REMA, application leur permettant de se conseiller et collaborer en temps réel pour établir les meilleurs diagnostiques possibles.

Prévenir et surveiller le développement des épidémies

Le continent est souvent victime d’épidémies. Des sociétés expérimentent donc la technologie pour éviter leur expansion et améliorer la santé des africains.

Par exemple, RapidPro est une plateforme logicielle Open source développée par l’Unicef et une société rwandaise nommée Nyaruka. Elle héberge des applications gratuites comme INRIS ou encore Mhero. Ces dernières ont permis une communication effective entre les autorités et les professionnels de santé lors de l’épidémie d’Ebola survenue en 2014. Ainsi, les soignants ont pu détecter plus facilement les signes et éviter la propagation de la maladie au Nigéria. Les applications apportent également une surveillance en temps réel, facilitant ainsi la traçabilité des personnes potentiellement contaminées.

Des solutions Big Data sont aussi utilisées pour empêcher la prolifération d’affections. En effet, au Libéria, le Centre Américain pour le Contrôle et la Prévention des maladies analyse la data issue des antennes de téléphonie mobile pour géo-localiser les appels passés aux services d’assistance. De cette façon, ils peuvent repérer plus facilement les éventuels épicentres d’épidémie.

Des initiatives loin d’être une généralité

Un système de santé effectif repose sur deux piliers. Le premier est l’accès généralisé aux soins et le second la prise en charge rapide

En Afrique, les initiatives technologiques sont nombreuses et aident à se rapprocher de cet idéal. Cependant, il faudrait qu’elles s’inscrivent dans une évolution plus globale pour permettre la prévention et l’accès aux soins à des tarifs abordables. La technologie permet d’améliorer la santé des africains. Pourtant, il appartient aux systèmes entiers d’évoluer pour réussir à l’affermir de façon unanime. Les gouvernements doivent investir : c’est une nécessité et une priorité.

Des progrès sont à noter : l‘OMS démontre la baisse du nombre de morts liées aux maladies prioritaires que sont le VIH, la pneumonie et les maladies diarrhéiques. Les états mettent effectivement en place des programmes spécialisés de prévention et de traitement adaptés à ces pathologies.

Les  principales cause de mortalité en Afrique : la pneumonie, le VIH et les maladies diarrhéiques mais aussi les AVC et cardiopathies

Cependant, les affections chroniques comme les AVC ou encore le cancer font aujourd’hui presque autant de victimes que les dites prioritaires.S’ajoutent également les pathologies propres aux pays plus développés comme le diabète ou l’obésité.Or, les gouvernements, concentrés sur les maladies endémiques qui ont été extrêmement meurtrières, n’ont pas eu les moyens d’établir une approche plus globale de la santé.

Les appareils de santé africains actuels ne répondent donc pas encore aux besoins des populations. A titre d’exemple, on dénombre seulement 2 médecins et 15,5 lits d’hôpital pour 10 000 personnes.

Vers une amélioration ?

Les états africains se sont engagés « à assurer la vie en bonne santé et promouvoir le bien être pour tous à tout âge ». Ils doivent également remplir différents objectifs sanitaires d’ici 2030. L’OMS a émis des recommandations à chacun d’entre eux pour les aider à obtenir de bons résultats selon leurs spécificités.

Ainsi, les pays d’Afrique de l’Est ont lancé un appel au financement pour déployer un plan stratégique de santé numérique. Conscients des enjeux et du potentiel des nouvelles technologies, ils veulent désormais créer un sytème généralisé.

Sources : OMS, AfrikaTech, Chef d’entreprise, Agence Française de Développement, PWC