Débit Internet et ruralité : on fait le point ?

VR à la campagne

La France a pris la décision de déployer la fibre optique sur l’ensemble de son territoire. Le pays reste pourtant à la traîne en matière d’Internet ultra-rapide. L’année dernière, la France se retrouvait à la 52e place du classement mondial des débits internet moyens. En attendant que la France émerge, d’autres solutions sont envisagées en attendant la 5G.

Le Plan « Très Haut Débit »

Adopté en février 2013, le plan fixe à 2022 l’échéance pour atteindre la barre des 100 % de foyers français en très haut débit. L’essentiel (80 %) est censé être couvert en fibre optique tandis que le reste doit s’appuyer sur d’autres technologies, comme le câble coaxial et le DSL sur cuivre.

Mais à l’heure actuelle, selon le cabinet Idate*, un tiers seulement des prises françaises sont raccordés à la fibre !

Cour des Comptes

La Cour des comptes a estimé qu’il faudra débourser 34,9 milliards d’euros pour mener à bien ce plan.

Bien au-delà des 20 milliards annoncés initialement !

Ceci explique alors peut-être pourquoi Emmanuel Macron est revenu sur l’arrivée du très haut débit dans les régions les plus reculées en 2017. Pour le chef de l’État, il faut faire preuve de lucidité. On ne mettra la fibre optique « jusqu’au dernier kilomètre, dans le dernier hameau ».

Le décor est planté. Quelles solutions alors pour la ruralité ? A l’heure même où tous parlent d’objets connectés (IoT), de médecine ou autres services à distance.

Un retard à relativiser

Le 15 mars 2018, Pierre-Michel Attali, directeur des territoires numériques au sein de l’Idate, annonce ceci : “si les engagements du Plan Très Haut Débit sont respectés, on atteindra 80 % d’ici 5 ans et la France sera largement devant ses voisins.”

Cinq ans. Cela nous renvoie en 2023. Une année de retard sur la date fixée par le Plan « Très Haut Débit » et peut-être plus encore…

De plus, si l’on en croit les chiffres annoncés par l’association « Que Choisir » sur l’état du débit Internet en France, le « Plan Très Haut Débit » risque de rencontrer des difficultés.

Plusieurs raisons à ce retard

Tout d’abord les infrastructures ! 

Les zones rurales sont moins peuplées que les villes au km². Le réseau câblé y est moins développé que dans les autres pays européens. Enfin, les sections en cuivre ne sont plus toujours de première fraîcheur.

Débit Internet en France

Le coût de la matière première ensuite

La course au très haut débit est lancée pour toutes les grandes puissances. Cet élan a fait flamber le prix de la fibre optique de 20% en à peine un an. La demande grandissant, les délais s’allongent. « En 2018, les besoins en fibre de China Mobile représentent deux fois ceux de l’Europe et des États-Unis cumulés », détaille Pierre-Michel Attali.

Enfin, les opérateurs français ont tardé à déployer la couverture THD dans les villes moyennes du territoire depuis 2011.

network IoT

Comment faire face à l’arrivée massive des objets connectés ?

En 2025, selon une estimation de Idate Digiworld, il y aura 75 milliards d’objets connectés sur terre ! La population mondiale sera de 8,15 milliards, soit 9,2 objets connectés par personne. 

Pour que les données soient exploitables en temps réel, il faudra donc un réseau capable de connecter les objets entre-eux et vers des plateformes logicielles. Beaucoup d’objets fonctionnent sur des réseaux classiques (bluetooth, wifi, 4G). Fort heureusement, grâce aux avancées technologiques rapides, une majorité d’objets n’auront plus besoin de ces réseaux à haut débit, énergivores, coûteux, conçus pour transporter de gros volumes de données.

La France qui émerge

sigfox

Depuis 2009, l’entreprise toulousaine Sigfox crée un réseau bas-débit low-cost. L’idée : transporter de petits volumes de données. Une innovation technologique qui ouvre la voie à d’innombrables cas d’usages potentiels.

Le bémol : les données sont remontées sur des serveurs basés en Californie ou au sud-est de l’Asie. Les services autour de l’IoT sont actuellement entre les mains de Google. AWS (Amazon Web Services) ou encore Azure (Microsoft). La guerre des réseaux bas débit ne fait probablement que commencer. D’autant que la 5G arrive à grands pas et compte bien croquer sa part du gâteau sur l’Internet des objets ! Dommage qu’il n’y ait aucun champion européen dans le cloud, même si le français OVH pourrait, à terme, bousculer ces géants.

* institut européen renommé sur l’économie numérique, spécialisé sur les marchés télécoms, Internet, médias et territoires numériques