Société 4.0 : mythe ou réalité ?  



Un monde appartenant à la science fiction il y a quelques années est en train de prendre forme sous nos yeux : la société 4.0*.

Temps de lecture de l’article sur la société 4.0 (hors liens externes) : 6 minutes

Les changements s’opèrent petit à petit, mais le temps entre l’arrivée d’une technologie et son adoption dans les usages courants est de plus en plus court. Lorsqu’une technologie apparaît, elle accélère la précédente et s’y associe, rendant celle-ci plus simple et plus rapide d’utilisation.

Dans le domaine de l’intelligence artificielle, des voitures et camions de livraison électriques autonomes roulent déjà sur nos routes, des bornes vocales servent d’ordinateur de bord dans les foyers etc. Pour creuser le sujet, je vous recommande l’excellente publication en ligne de Olivier BERTIN : Jusqu’où ira l’intelligence artificielle ? ainsi que les articles de Wissem AMAR : Intelligence Artificielle : une des technologies clés du numérique et de Valeria RISO UE 2019 – Objectif : Digitalisation des transports. Toujours dans les transports, des vols stratosphériques diviseront par 5 le temps de vol et des voyages habités auront lieu sur Mars d’ici 2025 comme l’explique Remy DECOURT dans son article en ligne Conquête de Mars : Elon Musk dévoile son ambitieux projet de vol habité.

Dans la robotique, ce sont les drones de surveillance qui font leur apparition, mais aussi les robots préparateurs de commande, les soldats autonomes, les hôtesses de renseignement, les robots de compagnie (comme Nao, Pepper et Romeo de Softbank Robotics), les « chatbots » conversationnels de centre d’appels, les analyseurs  de données etc… Vous pouvez lire sur ce thème les écrits de Camille MOURET Les drones, reprenons du début ! et de Claire BELLOUR Robots qui parlent : l’avenir pour les business analytics ?

Dans le domaine de l’énergie, la maison de la société 4.0 peut être transformée en « smart home autonome » avec la commercialisation des peintures ou des vitrages solaires, des petites éoliennes sans pales, des mini centrales hydroélectriques individuelles, des batteries murales ou extérieures. L’article de Céline BATHIE La «ville intelligente» : Mirage ou innovations technologiques vous fera découvrir ces nouvelles inventions de la « Smart City ».

Dans l’Internet des objets et la mobilité, la 5G permettra en 2020 de diviser par 40 le temps de réponse et de multiplier par 100 le débit, afin de gérer les hologrammes en 3D, et tous les objets connectés. L’article d’Olivier BERTIN Au secours, les objets prennent le pouvoir ! et celui de Elodie PIGOIS Ai, IoT, Deep Learning : Les choses à suivre sont très instructifs.

Dans l’E-santé de la société 4.0, les opérations à distance deviennent une réalité, certains diagnostics réalisés par Watson de IBM sont estimés plus fiables que ceux des médecins, le coût du séquençage de l’ADN est accessible, ce qui permet de lire et sans doute modifier les chromosomes accélérant la vieillesse ou la cécité par exemple, de cloner, de créer des espèces nouvelles, de réaliser des mutations génétiques etc. L’article de Jean-Pascal POISSONNET La santé en mode digital: le renouveau de la prévention passionnera les curieux.

Enfin, dans le domaine de la monétisation, la technologie de la Blockchain permet de payer ou voter instantanément en toute confiance et de façon sécurisée sans monnaie ni intermédiaire, permettant « d’horizontaliser » l’intelligence collective comme l’a dit Gilles BABINET lors d’une conférence sur la blockchain en janvier dernier. Lisez l’article en ligne de Ivan SUBILEAU De la monnaie virtuelle au monde des blockchains.

Une synthèse des changements apportés par ces technologies est bien résumé par Camille MERVEILLE dans son article Retour vers le futur : comment les français s’imaginent dans 50 ans ?

La révolution technologique : les risques de la société 4.0 et de la machine autonome

Les progrès de la technologie sont si rapides depuis une quinzaine d’années, qu’il est difficile de ne pas s’effrayer des conséquences provoquées par ces avancées comme l’indiquent Erik BRYNJOLFSSON et Andrew McAFEE, économistes et professeurs en « digital business » au MIT, dans leur livre Le deuxième âge de la machine. Au cours des deux premières révolutions industrielles, la mécanisation était en effet là pour aider l’homme à accomplir des tâches épuisantes – ou sans intérêt – et à augmenter la productivité. Aujourd’hui, la robotique se dirige vers le remplacement de l’homme dans beaucoup de tâches. Ce fait pose réellement la question de l’avenir du travail. Car si l’intelligence artificielle et la robotique vont nous faciliter la vie, ils risquent paradoxalement de mettre en péril notre modèle actuel de survie et de subsistance.

Livre "Le deuxième âge de la machine"

Livre « Le deuxième âge de la machine »

Cela signifie qu’il est temps, selon les auteurs, de considérer les responsabilités qui doivent accompagner la maîtrise de la technologie. Le pouvoir de la technologie est considérable car il permet, à ceux qui la maîtrisent, de changer le monde. Cette faculté implique une prise de responsabilité, celle de prévoir les conséquences de l’exploitation de la technologie. Certains vont plus loin en se questionnant : et si les machines parvenaient un jour à maîtriser elles-mêmes la technologie et à la faire progresser, que se passerait-il ? En effet, alors que nous sommes encore à l’ère de l’IA faible – le robot simule une intelligence à partir d’algorithmes – c’est l’idée d’un robot doté d’une conscience de soi qui semble interpeller Elon MUSK le patron de Tesla : « Je pense que nous devrions être très prudents au sujet de l’intelligence artificielle. Si je devais miser sur ce qui constitue notre plus grande menace pour l’existence, ce serait ça. De plus en plus de scientifiques pensent qu’il devrait y avoir une surveillance réglementée, au niveau national et même international, juste pour s’assurer que nous ne faisons rien de stupide », s’est-il inquiété lors d’une conférence au MIT.

Les machines pourraient-elles rivaliser avec l’homme comme dans le film « Ex-Machina » de Alex GARLAND ?

Un comité d’éthique rassemble désormais Amazon, Google, Facebook, IBM et Microsoft, lancé au départ par Stephen HAWKINGBill GATES et  Elon MUSK. Ce dernier a lancé de son côté OpenAI, un centre de recherche chargé de réorienter le développement des nouvelles technologies «dans une direction plus à même de bénéficier à l’humanité». La pensée de François RABELAIS dans Pantagruel « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » n’a jamais été autant d’actualité… Un sommet mondial des robots est d’ores et déjà prévu pour 2020 afin d’évaluer les performances motrices et cognitives des robots et de discuter de ces sujets de la société 4.0.

Société 4.0 : la fin de l’énergie fossile distribuée de façon centralisée.

Jeremy RIFKIN faire partie des auteurs qui prévoient que ces avancées technologiques vont radicalement changer la société. Dans son ouvrage La Troisième Révolution Industrielle, il donne sa vision de la société de demain, d’ici 10 ou 20 ans. Le modèle énergétique actuel est en train de muter vers une économie décarbonée.

En effet, l’espèce humaine, qui représente 0,5% de la biomasse de la terre, consomme déjà plus de 30% de la production primaire de la planète.  Compte tenu de la croissance de la population mondiale (probablement multipliée par 10 entre 1850 et 2050 pour atteindre les 10 milliards d’individus !), les énergies fossiles vont épuiser leurs réserves et être remplacées progressivement par des énergies renouvelables produites, stockées et distribuées localement, avec des sources telles que le vent, le soleil ou les vagues, qui sont discontinues, mais souvent complémentaires. Le nucléaire n’est pas considéré par RIFKIN comme une alternative viable, car la production et la distribution de cette énergie sont trop centralisées, coûteuses et dangereuses, nécessitant des lignes à haute tension. Dans la société 4.0, les compagnies géantes, distribuant l’énergie de manière centralisée, vont donc petit à petit céder la place aux petits producteurs consommant ou distribuant leur énergie localement en fonction des besoins détectés sur le réseau intelligent. Ce modèle énergétique permettra la montée en puissance du pouvoir « latéral », représenté par les individus qui « soumettent » les entreprises.

Livre "La troisième révolution industrielle"

Livre « La troisième révolution industrielle »

Pour en savoir plus, vous pouvez lire l’article d’Aurélie DAUCHEZ La troisième révolution industrielle et suivre l’interview complète de Jeremy RIFKIN sur la chaîne EU GROWTH de la Commission Européenne le 12 octobre 2012 (8’55) ci-dessous :

Société 4.0 : la fin du modèle économique dominant : le capitalisme.

Les énergies fossiles ont permis aux deux premières révolutions industrielles d’avoir lieu, et ont créé l’économie du capitalisme, c’est à dire nécessitant en effet d’énormes capitaux : les industries métallurgiques, le chemin de fer, les industries navales et automobiles, employant une main d’œuvre nombreuse et organisée verticalement. Ce mouvement est par ailleurs à l’origine de l’urbanisation massive des deux derniers siècles. Depuis 50 ans, afin de prendre des parts de marché, les entreprises se sont livrées à une course permanente à la  productivité et au développement technologique (loi de Moore dans l’informatique, usines optimisées et à bas coûts). Cela a provoqué une baisse généralisée du prix des produits. Combinée à l’arrivée d’internet, des objets connectés, de l’impression 3D, de la mise à disposition gratuitement du savoir en ligne, des initiatives de financement collaboratif, cette baisse va selon Jeremy RIFKIN dans La Nouvelle Société du Coût Marginal Zéro, révolutionner l’économie. Comment ? Elle permettra à des individus de devenir consommateurs-producteurs de produits et de services, générant un mouvement entrepreneurial généralisé, et se retournant, in fine, contre le capitalisme. En effet, la crise économique amorcée dans les années 80, avec un chômage de masse depuis plus de 30 ans, semble montrer les limites de ce modèle et nous pousse à trouver des alternatives.

Livre "La nouvelle société du coût marginal zéro"

Livre « La nouvelle société du coût marginal zéro »

De plus, la mondialisation née avec le capitalisme, engendrant une forte pollution liée aux transports maritimes ou aériens, va sans doute connaitre une « ré-localisation », facilitée par l’automatisation, la robotique et la production individuelle. L’auteur prévoit donc la montée d’une économie sociale puissante, réunissant des individus dans des communautés collaboratives de type coopérative. Cela rendra les travailleurs de la société 4.0 moins dépendants de grandes multinationales. Cet idéal paraît encore loin compte tenu des GAFA et SABT (Google, Amazon, Facebook, Apple + Samsung, Alibaba, Baidu, Tencent)…qui disposent d’énormément de capitaux et monopolisent pratiquement des secteurs entiers de l’économie numérique. Cette richesse dans les mains de quelques grands profite plus à une minorité, à l’opposé donc des communaux prônés par RIFKIN. Sans compter qu’il est encore difficile d’imaginer de produire la majorité de nos besoins avec l’impression 3D ou l’énergie verte. Mais qu’en sera t-il dans 10 ou 20 ans ?

Regarder l’interview de Jeremy RIFKIN sur la chaîne BIG THINK le 22 avril 2014 (10’27) :

En conclusion, je vous recommande de lire l’article de Amélie DI MURRO qui nous rappelle qu’il ne faut pas adapter l’homme à la technologie mais adapter la technologie à l’homme : L’homme au coeur de la transformation digitale. Placer l’humain au coeur des évolutions technologiques doit effectivement être le fil rouge de la société 4.0.

Terme évoqué notamment par le Comité Economique et Social Européen lors de la conférence du 21 janvier 2015 « La société numérique 4.0 : défis et perspectives » et par Michel-Edouard LECLERC le 5 avril 2016 lors du lancement de la chaire « Prospective du commerce dans la société 4.0 » à l’ESCP Europe.