Le nouvel âge de l’humanité

Les défis du transhumanisme expliqués à une lycéenne

Le nouvel âge de l’humanité

Le nouvel âge de l’humanité

« Notre humanité compte-t-elle déjà des jeunes femmes et des jeunes hommes promis à l’immortalité́?« 

Pascal Picq, paléoanthropologue, maître de conférence au Collège de France apporte un éclairage à cette interrogation. Dans son essai, ce darwiniste convaincu dialogue avec Adama Amo, lycéenne dans l’Afrique de l’Ouest.

Les nouvelles technologies nous font basculer dans une ère à laquelle l’homme ne survivra peut-être pas. Le transhumanisme est l’aboutissement de millions d’années d’évolution mais le posthumanisme annonce une rupture.Nous sommes dans un nouvel âge de l’humanité marqué par les usages et les applications des technologies du numérique. Quelle est cette nouvelle évolution ? 

L’Anthropocène, la nouvelle phase coévolutive

Une nouvelle phase coévolutive se met en place : l’Anthropocène. Pour l’appréhender, Pascal Picq replace les bouleversements actuels dans une perspective paléoanthropologique. L’impact des activités humaines sur l’évolution climatique, écologique et biologique de la planète nous oblige à nous adapter à nous-mêmes. Plus une espèce a du succès, plus elle modifie son environnement et plus elle doit inventer de nouvelles adaptations. ll existe une co-évolution entre la nature et nous (les microbiotes) ; l’autre évolution est que nous sommes plastiques (sur le plan cognitif et corporel), ce que les humanistes ont minimisé et ce que les transhumanistes veulent accélérer.

Julian HUXLEY, l’inventeur du terme transhumanisme

  • La modernité c’est Julian Huxley, frère de l’auteur du « Meilleur des mondes », biologiste eugéniste. Inventeur du terme de transhumanisme en 1957, il fut le 1er secrétaire de l’UNESCO. Il est très proche de Teilhard de Chardin, qui développe l’idée de responsabilité de l’Homme. L’amélioration de l’Homme doit s’effectuer par l’éducation, les sciences et la culture, mais également par une meilleure maîtrise des effets aveugles et négatifs de la génétique. Sa notion de transhumanisme est reprise en Californie dans les années 90.

Le transhumanisme moderne

Le premier « programme proto-transhumaniste » fut russe. Ces derniers, fascinés le cosmos ont dès le début du XXe siècle ont tenté d’améliorer les conditions humaines à l’aide de greffes animales. Le résultat fut désastreux. Nikolaï Fiodorov fut le précurseur de la pensée transhumaniste contemporaine. Il espère que les sciences et les techniques, jointes à la sagesse et à la méditation, permettront de dépasser l’état de l’homme et de corriger les maladies et la mort. Elie Metchnikov, prix Nobel de médecine 1908, sous-directeur de l’Institut Pasteur, fut l’un des pionniers des travaux sur le vieillissement en étant convaincu que la science peut dépasser les limites de la nature.

Les Californiens penseront la même chose, cette fois avec du numérique et de l’électronique. Pour réaliser le programme transhumaniste actuel, ils ont repris une partie du programme russe.

Que recherchent les transhumanistes?

Leurs principaux objectifs sont de :

  • éradiquer les maladies,
  • vaincre la mort,
  • stopper le vieillissement,
  • maîtriser l’environnement,
  • créer des lieux de vie protégés et partir à la conquête de l’espace.

Aller au-delà de ce que nous a légué l’évolution depuis les premiers hommes. Ils pensent que la mort devient une question de technique, en attendant « la mort de la mort ».

L’ouvrage « The Transhumanism Reader » de Max More et de Natasha Vita-More offre un panorama complet du mouvement transhumaniste (Wiley-Blackwell, 2013).

Max More and Natasha Vita-More The Transhumanist Reader

Quelle aide peut apporter la paléoanthropologie pour nous éclairer sur ce que pourrait être le futur?

Elle nous montre comment les outils et les technologies ont influencé l’évolution de l’espèce humaine. 2007 est une année charnière :

  • pour la première fois, une majorité de la population vit en milieu urbain,
  • l’arrivée du smartphone.

L’avènement du smartphone annonce une révolution anthropologique. Il y a à peine 50.000 ans, plusieurs espèces humaines cohabitaient sur notre planète. Plusieurs intelligences humaines avec des langues, des spiritualités, des cultures, des techniques et des rapports à la nature différents. Les changements actuels, comme l’überisation, l’intelligence artificielle et l’internet des objets s’opèrent avec une rapidité inédite. Ceci rend notre époque si anxiogène.

La fin de l’humanité est-elle une hypothèse envisageable?

Actuellement, 7 milliards d’êtres humains vivent sur Terre. Cependant plus une espèce a du succès, plus elle modifie son environnement. Le changement climatique et la dégradation des écosystèmes l’illustre parfaitement. Une adaptation aux conséquences de notre succès s’impose.

Pascal Picq est-il optimiste pour les jeunes d’aujourd’hui?

« Quand les sociétés sont en crise, cela se traduit souvent par le sacrifice des jeunes générations. Les réseaux sociaux ont inventé des formes de dépendances anticipées par Aldous Huxley et d’autres. La télévision, les médias, la consommation et les réseaux font éclater nos relations sociales tout en les enserrant dans une sorte d’addiction généralisée. C’est le processus de « servitude volontaire » décrit par La Boétie. Roi Soleil ou Cloud, rien n’a vraiment changé. »

Quel conseil donne-t-il aux jeunes?

« Les jeunes doivent prendre conscience des changements en cours :

  • certains créent des start-up partout dans le monde alors qu’ils sont encore au collège ou au lycée
  • tandis que d’autres jeunes se complaisent dans la tyrannie du « Fear of Missing Out  » FOMO. »

Le transhumanisme présent dans la littérature

La littérature abondante ne s’est pas contentée de prédire un futur à l’humanité en lien avec les avancées technologiques ou sociales, mais qui a aussi fortement influencé le progrès en matière de sciences. On signalera :

Outre une forte admiration pour le monde de la robotique, de l’automatisation et des infinies possibilités d’améliorer le monde, ils produisent un bon nombre de dystopies, très pessimistes quant à l’avenir et aux dérives du transhumanisme. Un constat aussi bien techniquement positif qu’humainement négatif.

Le transhumanisme vulgarisé par les films de science-fiction

Cette littérature a inspiré une importante filmographie touchant à des sujets tel que :

  • personnalité des robots, cyborgs, logiciels affectifs, sexbots
  • intelligence artificielle,
  • régénération des tissus, rajeunissement, vie illimitée,
  • contrôle des personnes, classes privilégiées, surveillance des machines,
  • vies extraterrestres, contrôle de la pensée,
  • sélection génétique,
  • disparition de l’humanité pour diverses raisons : virus dévastateurs, machines tueuses, changement climatique brutal…

On citera :

Le panhumanisme, le nouvel humanisme

Pascal Picq invite à la construction du panhumanisme, un nouvel humanisme rassemblant les humanismes avec le transhumanisme et le posthumanisme. Il « devra être universel puisque impliquant toutes les populations humaines à partir d’un socle commun de valeurs ». Selon l’auteur, « l’avenir de l’humanité ne se fera pas sans l’Afrique (…) pour une raison aussi simple que fondamentale dans toute l’histoire de l’évolution, c’est là où il ya le plus de diversités et où les femmes et les hommes continuent à faire des enfants et à les aimer pour ce qu’ils sont et non pas ce qu’ils devraient être ».

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