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Si les catastrophes naturelles, le réchauffement climatique ou encore les conflits armés ont des impacts considérables sur les populations et bouleversent complètement notre avenir… Il en est de même pour notre patrimoine culturel et historique. Selon des chercheurs allemands et anglais, 47 des 49 sites méditerranéens classés à l’Unesco risquent de disparaître à l’avenir, notamment à cause du réchauffement climatique (Venise, Rhodes ou encore les sites archéologiques de Pompeï pourraient finir sous les eaux).

Face à cette réalité, de nombreux organismes et entreprises se penchent sur l’utilisation des nouvelles technologies pour tenter de préserver ce patrimoine. Grâce à des outils numériques toujours plus performants il devient possible de valoriser et sauvegarder notre patrimoine artistique, tout en imaginant de nouvelles façons de le découvrir avec une expérience visiteur renouvelée. Voyons comment !

Une numérisation en 3D des sites et monuments pour les rendre immuables

Avec des photographies et vidéos toujours plus qualitatives, ainsi que des logiciels de modélisation 3D performants, il devient possible de reconstituer des lieux désormais en ruines tels qu’ils étaient à l’époque, ou de les modéliser afin de les conserver de façon immatérielle avant leur disparition définitive. Une nouvelle façon de conserver notre patrimoine se dessine donc grâce au numérique.

La startup Iconem (partenaire de Microsoft et soutenue par l’Unesco) est spécialisée dans cette utilisation de la technologie pour sauvegarder le patrimoine et promeut la création d’une mémoire numérique. Celle-ci effectue des relevés numériques de sites culturels menacés et travaille sur des données géographiques très précises afin de reconstruire ces sites en 3D. Elle a ainsi participé à la modélisation du Krak des Chevaliers, forteresse médiévale située en Syrie et détruite à la suite des conflits armés dans la région en 2014, ainsi que d’autres sites archéologiques en Irak et Syrie, mis en lumière dans l’exposition « Sites éternels » au Grand Palais en 2016.

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Plus récemment, grâce à ces prouesses technologiques, l’Institut du Monde Arabe (IMA) a pu accueillir une exposition entièrement numérique, dont le but était de sensibiliser les visiteurs aux enjeux liés à la préservation du patrimoine mondial de l’humanité. Au sein de l’exposition « Cités millénaires, de Mossoul à Palmyre » il devenait même possible de visiter virtuellement six monuments emblématiques avec une vision à 360 en enfilant des casques HTC. La réalité virtuelle pourrait alors nous permettre de nous balader dans ces lieux inaccessibles, voire disparus pour l’éternité et de re-plonger dans notre histoire de façon plus ludique (Ubisoft était notamment partenaire de l’opération et avait enrichie les sites d’effets spéciaux).

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Pour la première fois, la ville entière de Mossoul, a fait l’objet d’une numérisation au centimètre près :

« L’ampleur du site et la difficulté d’y accéder (le site est miné) font de Mossoul notre projet le plus complexe. Il nous a fallu trouver des techniques permettant de prendre des images de loin. Ce travail de captation s’est fait au moyen de drones, mais aussi au sol en utilisant des perches télescopiques et différentes optiques. » Yves Ubelmann, cofondateur d’Iconem

Mais la modélisation 3D peut aussi servir, non pas pour conserver, mais pour restaurer le patrimoine artistique.

L’impression 3D : Une solution sur-mesure pour restaurer les œuvres

Certains voient les imprimantes 3D comme des gadgets permettant d’imprimer des cale-portes… Mais la précision du travail de modélisation en 3D et la puissance des imprimantes 3D permettent aujourd’hui aux restaurateurs de patrimoine d’imprimer des accessoires sur-mesure pour restaurer les œuvres. Ces outils numériques ont ainsi permis de restaurer des œuvres de Michel-Ange ou Léonard de Vinci avec une précision inégalée. Ces outils permettent en effet d’égaler la technicité des créateurs et de rétablir des détails complexes qu’il était impossible de concevoir auparavant.

En pratique, les restaurateurs peuvent scanner en 3D l’oeuvre à restaurer et travailler ensuite sur la modélisation des pièces manquantes sur ordinateur en respectant les proportions et le style de l’artiste, dans le prolongement de l’œuvre. L’avantage avec l’imprimante 3D est qu’il est possible de prototyper et de réaliser des finitions au fur et à mesure, le processus itératif facilitant le travail de restauration. Résultat ? Un objet facile à imprimer et à retravailler, discret, qui épouse les formes de l’œuvre et reproduit la patte de l’artiste.

Avec cette technologie, il est possible de restaurer des sculptures, des décors ornementaux et pourquoi pas, des peintures ? L’impression 3D couplée à une IA pouvant mémoriser et reproduire les couleurs, la technique et les coups de pinceaux de l’artiste, permettraient de restaurer une peinture comme l’aurait fait l’artiste.

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« Le point le plus important est de préserver l’œuvre d’art. Si les techniques numériques améliorent la préservation, alors elles sont les bienvenues. La restauration d’œuvres d’art a tout à gagner et rien à perdre, tant d’un point de vue technique que théorique. » Mattia Mercante, restaurateur du patrimoine, Institut Opificio delle Pietre Dure, Florence.

De grands projets de numérisation des archives et œuvres pour une meilleure accessibilité

De manière plus générale, de nombreux Etats s’activent depuis des années pour numériser leurs archives et leurs collections, dans un souci de valorisation et d’accessibilité du patrimoine culturel via les outils numériques.

Avec ces grands projets de numérisation, des travaux jusqu’à présent interdits d’accès pour des questions de conservation deviennent accessibles aux chercheurs (c’était le cas des manuscrits de Qmrân), et le public accède désormais à des collections situées à l’autre bout du monde en quelques clics.

En France, un plan national de numérisation de grande envergure a été soutenu dès 1996, le but était de permettre la consultation visuelle des documents au public sans les endommager. Celui-ci a d’abord porté sur la numérisation de fonds appartenant à l’Etat (archives nationales, bibliothèques, services archéologiques…), avant de s’élargir aux fonds des collectivités locales, fondations et associations. De nombreux projets européens (dont le plus récent DCH-RP, Digital Cultural Heritage, roadmap for preservation) ont aussi mis en exergue la nécessité d’établir une coopération globale pour permettre cette préservation à une échelle mondiale.

Aujourd’hui, plusieurs millions de documents numérisés et libres de droits sont désormais accessibles sur la toile, même si effectivement cela ne remplace jamais l’expérience physique. Avec le numérique, il devient donc possible d’accéder à des photographies, tableaux, archives, manuscrits… Et tout ce patrimoine culturel devient, en quelque sorte, indestructible.

En France, nous avons par exemple Gallica, la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France (BnF) et ses partenaires depuis 1997. Sur cette plateforme, des millions de documents et archives sont accessibles à tous.

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De plus, depuis quelques semaines, la version beta du site POP (Plateforme Ouverte du Patrimoine) a été lancée par le Ministère de la Culture et nous permet d’accéder à une très grande base de documentation (photographies, peintures, manuscrits, architectures). L’objectif : « Faire des données patrimoniales un bien commun dont il sera aussi simple de se servir que d’y contribuer ».

Cette numérisation massive, couteuse et qui requiert des moyens techniques et humains conséquents, est tout de même indispensable, nous permettant de faire l’inventaire de notre patrimoine culturel et de le rendre accessible au plus grand nombre, permettant aux publics, chercheurs et artistes de s’approprier des documents parfois peu ou pas accessibles. Celle-ci a aussi un rôle de sauvegarde et de transmission du patrimoine, des objectifs clés remplis à l’aide de la technologie.

Cependant, le numérique, s’il permet de valoriser le patrimoine, ne permet pas de le conserver physiquement…

Le crowdfunding : Une solution pour préserver le patrimoine culturel ?

Le numérique n’est finalement qu’un moyen détourné de conserver notre patrimoine culturel… Car l’idéal reste de le sauvegarder physiquement, et de le faire perdurer dans le temps, en s’appuyant notamment sur des moyens techniques toujours plus pointus. Mais ceci a un prix. Avec l’appui des solutions numériques, le financement participatif devient aussi un levier conséquent pour réunir des fonds, et ça les musées et institutions l’ont bien compris.

C’est ainsi qu’en octobre dernier, le musée du Louvre lançait une campagne visant à lever des fonds pour restaurer l’arc du Carrousel. La campagne fut un réel succès car 4 500 contributeurs ont permis d’atteindre l’objectif fixé et de réunir plus d’un million d’euros.  Le public est de plus engagé dans cette conservation du patrimoine culturel et les campagnes « Tous mécènes ! » du Louvre l’attestent.

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Plus généralement, de très nombreuses campagnes de crowdfunding voient le jour sur des plateformes comme Dartagnans ou Ulule pour donner la possibilité à tous de participer à la restauration de nombreux sites touristiques et culturels. Selon le CLIC France et son baromètre du financement participatif, pour début 2019, 12 campagnes ont atteint leurs objectifs et plus de 162 319€ ont été levées, que ce soit pour des musées, des églises ou des châteaux.

On voit là une nouvelle façon de mobiliser le public et de l’amener à s’intéresser au patrimoine, avec en plus la possibilité pour les plus généreux donateurs de bénéficier fréquemment d’expériences de visites exclusives ou d’autres contreparties notables.

Les outils numériques ont donc un impact conséquent sur la conservation du patrimoine culturel et artistique et permettent de le rendre accessible au plus grand nombre, voire de le figer face aux dégâts du temps, même s’il reste ennuyeux de se rendre compte que le principal élément destructeur de ce si beau patrimoine reste… l’être humain.

Chloé Louis