La prévention, c’est nous ! Dans le premier volet de « La santé en mode digital », Le renouveau de la prévention, j’ai traité de la contribution du digital à l’amélioration du ciblage et de l’impact des campagnes publiques de prévention, ainsi que d’une nécessaire imbrication des apports du digital avec l’expérience et l’expertise des professionnels de santé.

Mais cette combinaison vertueuse ne prend tout son sens que si nous, individus, sommes au cœur de ces initiatives, capables d’interpréter et de mettre en pratique les instructions et conseils dispensés en fonction de notre propre situation. Pour ce faire, une seule solution : connaissons nous nous-mêmes !

Ensuite, que faire de cette connaissance ? Deviendrons-nous tous médecins ? Non ! Valoriser cette connaissance aux fins de prévention se fera par une implication de l’ensemble de notre « écosystème de santé ».

Les technologies du digital permettent déjà de bâtir cette connaissance ainsi que le maillage qui en assurera l’exploitation dans le sens d’une meilleure santé pour nous tous.

1/ La prévention : connaissons nous nous-mêmes !

La connaissance de soi est essentielle dans toute démarche de prévention: les objets connectés apportent cette connaissance.

Un objet connecté comporte un système d’identification et de captation des données (température extérieure, rythme cardiaque, etc.), un système de transmission des données alimentant une application « intelligente », une interface comme un smartphone, pour piloter l’application. En théorie, tout objet peut être connecté. C’est l’Internet des Objets (IDO) ou Internet of Things (IoT). (Définition Source Mercator).

On prévoit 80 milliards de ces objets en utilisation dans le monde en 2020 dont 26 milliards dans le cadre du bien-être et de la santé (Source Rapport IDATE 2014). Les applications de bien-être et santé, dont on comptait 100 000 dans le monde en 2013, seront 165 000 cette année (60% pour le bien-être  et 35% concernant les pathologies et les traitements. Source IMS Health 2015).

Ces objets enregistrent nos paramètres de santé individuels dans le cadre d’un mouvement de plus en plus répandu : le « Moi Quantifié » (Quantified Self).

Comme l’explique Manuel Diaz (@ManuelDiaz), la possibilité de comparer nos données de santé à celles de millions de personnes permettra de détecter le terrain à risques au niveau individuel. La prolifération des objets connectés multipliera de manière exponentielle les données captées, traitées et partagées en temps quasi réel afin de mieux nous connaître et nous aider à anticiper ce qui peut porter atteinte à notre santé.

Le traitement de ces données permettra de définir des profils de plus en plus précis et d’activer la prévention pour un individu, certes unique, mais dont les données personnelles sont en cohérence avec tel ou tel profil. Cette activation prendra la forme d’une recommandation pour chacun, recommandation qui évoluera en fonction des individus, de leur contexte familial et professionnel, de leur vie.

Afin que le mouvement vertueux décrit ci-dessus devienne une réalité concrète pour vous et moi, que nous puissions en toute connaissance de cause maîtriser la démarche de prévention santé de manière personnelle et adaptée, il nous faudra faire appel à toutes les ressources qui composent notre écosystème de santé.

2/ La prévention : notre écosystème de santé à la rescousse!

Notre écosystème de santé

Notre écosystème de santé

Je définis cet écosystème comme l’ensemble des professionnels qui agissent avec nous, autour de nous et pour nous, et seront des intercesseurs plus ou moins proches mais toujours nécessaires, pour nous permettre de générer, comprendre et exploiter nos données de santé, en particulier dans le cadre d’une démarche de prévention.

Commençons par notre profil médical. Il s’est constitué au cours de notre existence et reste dans la majorité des cas incomplet, parcellaire et dispersé. Nous allons donc ajouter à cet historique déjà précaire des informations issues d’objets connectés, collectées et stockées sur de nouveau supports, avec le risque d’une dispersion accrue. Il y a donc urgence à créer un espace individualisé, unique et ouvert, dédié au stockage de nos informations de santé en provenance du système de soins existant (Cercle 1 et 2 du schéma ci-dessus). Ceci est en cours avec l’initiative française actuelle du Dossier Médical Personnel qui devient partagé, entre patient et médecin et entre professionnels de santé. Mais cet espace doit aller plus loin et communiquer vers les plates formes de recueil de données issues des objets connectés.

Attention ! Il ne s’agit pas d’y intégrer des données parasites utiles seulement de très loin à toute prévention ! Il faudra donc bien identifier les objets connectés à prendre en compte et, les signes vitaux à suivre et à enregistrer. Ils différeront en fonction de chacun, de nos parcours et de nos antécédents de santé. Il faut donc personnaliser l’utilisation des objets et contextualiser l’exploitation des données. Seul le professionnel de santé peut le faire du fait de sa connaissance et de sa proximité avec le patient (Cercle 1 et 2, de notre écosystème de santé). Il aura, lui aussi, besoin d’aide pour s’y retrouver dans le foisonnement des objets et des applications. L’initiative du Groupe Pasteur Mutualité (application GPM E-santé à destination des professionnels) va dans ce sens. Le professionnel de santé synthétisera « doctement » les données constituantes de notre profil avec un profil type (voir partie 1) à partir de notre espace individualisé, et validera les recommandations constitutives de notre démarche individuelle de prévention.

Nous pourrons ensuite mettre ces recommandations en application et aussi les intégrer aux politiques et campagnes publiques de prévention (Cercle 3 de notre écosystème de santé) qui auront ainsi plus d’impact, parce que nous pourrons les décliner au niveau personnel en toute connaissance de cause. La campagne « Manger/Bouger » par exemple, déroulée dans le cadre du Programme National Nutrition Santé (PNNS 2001), de portée générale, prend tout son sens en étant déclinée par nos soins dans des détails très personnalisés: les exercices à faire, les attitudes à adopter varieront du tout au tout si nous avons des allergies, une insuffisance respiratoire, un diabète ou rien du tout !

Prevention Coopération dans l'ensemble de l'écosystème

Enfin, c’est de nos besoins, de notre intérêt ET de celui des professionnels de santé que doit naître l’objet connecté. L’objet doit nous simplifier la vie et nous devons avoir confiance en son action et en ses mesures. Il est donc nécessaire que s’instaure une complète coopération Industrie / Professionnels de santé / Particuliers, ainsi que des pouvoirs publics et des organes normatifs (cercles 1, 2 et 3 de notre écosystème de santé), afin que les objets, les applications, les données soient fiables, et fassent l’objet de bonnes pratiques, chacun dans leur domaine.

Vous l’aurez compris, en matière de santé en général, et dans le domaine de la prévention en particulier, l’action publique et privée, l’action individuelle et collective, l’action personnelle et professionnelle doivent interagir. Ce défi ne sera relevé que main dans la main, avec l’apport maîtrisé des technologies du digital en matière de collecte, de stockage, de communication et de partage au sein de notre écosystème de santé.

Le prochain article de la série « LA SANTE EN MODE DIGITAL » paraîtra le 15 janvier 2017 et aura pour thème la Télémédecine.

Sources, en sus des liens présents dans le texte :

Générales :

  • Tous digitalisés, et si votre futur avait commencé sans vous ? Manuel Diaz.
  • Big Data, penser l’homme et le monde autrement. Gilles Babinet.
  • Santé connectée : demain tous médecins ? Eric Sebban.
  • Santé connectée : de l’E-santé à la santé connectée. Livre Blanc du Conseil National de l’Ordre des Médecins.

Sur la M-Santé et la problématique générale des objets connectés