Dans un premier billet récent, j’ai décrit le paysage de l’IoT, son champ d’applications et les enjeux d’une chaîne de valeur qui va ouvrir nombre d’opportunités. Parlons à présent des défis que les acteurs de ce nouvel écosystème vont devoir relever.

L’internet des objets ouvre nombre de nouvelles perspectives applicatives, nombre de nouvelles pistes de création de valeur mais nécessite en même temps de relever nombre de défis technologiques.

Foisonnement de technologies

Vous ne serez pas étonnés si je vous dis que le développement de l’IoT va s’appuyer sur la montée en puissance des technologies sans fil et mobiles. 2 types de réseaux seront concernés. Les usages domestiques impliqueront prioritairement les technologies Wi-Fi, Bluetooth voire demain le Li-Fi. Le consortium Bluetooth vient d’ailleurs d’adopter la spécification Bluetooth 5.0. Avec sa portée bien supérieure et le doublement de sa vitesse de connexion, ce nouveau standard est taillé pour l’internet des objets.

Pour les usages impliquant l’exploitation de réseaux à grande échelle sur de longues distances, les réseaux cellulaires (3G, 4G) et satellitaires constitueront le socle.

Cartographie enjeux IoT - Arcep

Cartographie enjeux IoT – Arcep

À l’image de Veolia, GrDF, les entreprises pourront aussi envisager de déployer un réseau indépendant et des objets fixes pourront être connectés au travers des réseaux filaires comme la fibre optique, notamment lorsque les débits nécessaires seront élevés (ex. supports publicitaires vidéo). Ainsi que le met en évidence l’ARCEP dans sa cartographie des enjeux de l’IoT parue en novembre, le déploiement de l’IoT va générer un « foisonnement de technologies filaires et sans fil ».

Ce foisonnement va induire en même temps l’activation de deux ressources considérées comme rares : des fréquences et des adresses. L’explosion prévisible du nombre d’objets connectés implique d’anticiper la question de la disponibilité à terme des fréquences. Mais le problème se posera d’abord au niveau des ressources d’adressage correspondant à l’identification des objets connectés, adresses IP, adresses MAC, identifiants de cartes SIM, numéros de téléphones mobiles… L’écosystème IoT va obliger ses différents acteurs à organiser des nouvelles logiques de standardisation, normalisation et évolution des solutions en cours. Une illustration : la nécessité d’associer à une partie des objets une adresse IP, va accélérer la migration vers le nouveau système d’adresses plus longues, le protocole IPv6.

Un écosystème IoT à structurer

L’organisation de l’écosystème IoT va également nécessiter des arbitrages des conditions d’inter-opérabilité des systèmes que ce soit au niveau des échanges d’information ou au niveau du traitement des données. Si cette préoccupation n’est pas centrale pour l’heure, dans le futur, le développement de l’internet des objets nécessitera de limiter les standards propriétaires pour permettre par exemple, dans le cas d’une maison connectée, de permettre à toutes ses composantes de parler « la même langue « . C’est une condition nécessaire à l’accessibilité des solutions (coût et apprentissage).

Sur le plan de l’acheminement de l’information, le déploiement de l’IPv6 devrait favoriser une forme de langage universel. Pour la partie « traitement de données », des alliances semblent s’organiser peu à peu à l’image du consortium AllSeen (Microsoft, Panasonic, LG, Qualcomm et Huawei via sa filiale Hisilicon Technologies). L’inter-opérabilité des objets peut également s’organiser via des partenariats s’organisant au sein d’une plateforme organisant les échanges via le partage d’APIs (ex. Netatmo pour Smart Home). Le décloisonnement des écosystèmes devrait accompagner la maturité du marché de l’IoT afin de favoriser le déploiement de solutions à grande échelle et la facilité d’utilisation. L’inter-opérabilité sera bien nécessaire.

Des nouveaux enjeux de sécurité

Mais la croissance du marché de l’IoT sera d’abord conditionnée par la confiance des utilisateurs à l’égard de systèmes manipulant des volumes extrêmes de données, de plus en plus sensibles. Imaginez les enjeux de sécurisation de données intimes comme celles captées par les environnements wearables. La transparence des conditions d’utilisation des données captées sera une condition nécessaire de la confiance à installer entre les solutions et leurs utilisateurs. Et celle-ci se fondera sur la sécurisation de chaque maillon, objets, réseaux, solutions de stockage… Ainsi qu’à chaque étape, collecte, exploitation des données, administration des objets… Toutes ces zones de risque ne pourront être analysées que de façon systémique en même temps qu’unitaire puisque la compromission d’un maillon pourra remettre en cause l’intégrité de l’ensemble du système. Remise en cause de la disponibilité d’un objet, de la confidentialité des données opérées ou tout simplement de son bon fonctionnement peuvent représenter autant de repoussoirs limitant l’acceptabilité potentielle de l’IoT. Si le cadre normatif et législatif va de toute évidence évoluer, les acteurs de l’IoT vont aussi avoir une responsabilité croissante dans le développement de solutions capables de rassurer les différents publics dans la durée.

Vous voulez vous faire peur ?

Dangers de l'IoT

Je vous invite à lire cet article récent de l’ADN sur les dangers de l’IoT. Vous découvrirez une sélection de scénarios qui matérialisent les dangers d’environnements IoT insuffisamment sécurisés.

Ainsi que le met en évidence le rapport de l’Arcep, le développement de l’IoT ne se fera qu’à condition que ses acteurs dialoguent entre eux et avec les pouvoirs publics. Il va falloir réguler les pratiques sans cependant trop les contraindre pour ne pas remettre en cause le potentiel d’innovations. Nous vivons donc de toute évidence une phase de transition. Les filières vont peu à peu s’organiser, se structurer afin de mieux coordonner chaque brique tout en améliorant les garanties liées à des évolutions d’usage dont nous avons encore du mal à imaginer l’ampleur.

Une étude récente de Deloitte indique que 57% des entreprises américaines ont commencé à intégrer l’internet des objets dans leur mix-marketing. Le poste « d’Internet ot things officer » est un poste émergent. Logique lorsque l’on sait que l’IoT est une préoccupation majeure de plus de la moitié des décideurs marketing américains.

SIDO 2017Et vous, où en êtes-vous ? Vous êtes-vous demandé comment l’IoT pourrait constituer une source d’amélioration du service rendu à vos clients ? Avez-vous imaginé ce qui pourrait changer leurs usages, leur relation avec votre marque ?

Pour alimenter vos réflexions, pourquoi ne pas envisager en avril prochain de visiter le SIdO, le showroom de l’intelligence des objets, qui se déroulera à Lyon. Créé en 2014, ce salon est devenu le rendez-vous incontournable de l’internet des objets en France et en Europe.

Les 5 et 6 avril 2017, il accueillera plus de 50 conférences et une « startup valley ». L’événement idéal pour commencer à réfléchir IoT.