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@VivonsFood

Après vous avoir fait découvrir la DNVB Poolday à travers l’interview de sa créatrice, Julia Desvignes, je vous propose aujourd’hui de parler gâteaux et autres délices avec la foodie Marie Veyrenc. Aujourd’hui, son compte Vivons Food regroupe plus de 3 000 curieux et bons vivants à la recherche de bonnes adresses. Mais comment se réinventer durant le confinement pour séduire sa communauté ? Quelle réflexion sur le secteur de la food en plein chamboulement ? Et surtout, comment s’engager de façon gourmande lors de cette crise ? Découvrez la passionnante et passionnée Marie pour en savoir plus sur cet univers qui nous fait déjà saliver. 

Hello Marie ! Peux-tu te présenter et nous parler de ton compte Instagram Vivons Food ?

Hello Charlotte ! Vivons Food est le compte Instagram que je tiens depuis un an et demi où je partage mes bonnes adresses (majoritairement parisiennes), sucrées comme salées.

J’ai ouvert ce compte suite à des sollicitations d’amis. Ils regardaient mes stories Instagram depuis mon compte personnel, où je partageais mes multiples découvertes gastronomiques/culinaires et, à force de les voir, ils ont commencé à être de plus en plus nombreux à me demander des recommandations pour des déjeuners entre copains, des dîners en famille…, avec un quartier bien précis en tête. Je farfouillais à travers ma carte sur Google Maps pour les aiguiller du mieux possible. J’étais devenue leur guide ! 

C’est alors que j’ai décidé de créer le compte Instagram Vivons Food dédié uniquement à la food, en septembre 2018. “Food” dans le sens large du terme : y sont regroupés restaurants, pâtisseries, boulangeries, chocolateries, food trucks… et depuis peu, confinement oblige, mes propres gâteaux et plats !

Vivons Food Instagram
Feed Instagram Vivons Food

Ce compte a donc été créé au départ pour mes amis, puis, petit à petit, d’illustres inconnus ont commencé à me suivre, toujours de plus en plus nombreux (il y a maintenant plus de 3000 curieux qui suivent mes aventures gustatives!), je ne m’y attendais pas.

Vivons Food est resté fidèle à moi-même, comme au début : j’y partage mes bonnes adresses mais aussi, parfois et bien plus rarement, quelques déceptions, toujours en justifiant celles-ci. 

Et j’ai encore tant d’adresses à découvrir et d’autres à redécouvrir… la liste de mes envies n’est pas prête de diminuer !

Qu’est ce qu’un foodie? Est-ce un terme très vague pour inclure tous les passionnés par la food? Y a-t-il une limite entre les influenceurs “qui dégustent” comme Vivons Food et les chefs  ?

Selon moi, le terme de “foodie” regroupe un large panel. On y trouve des chefs cuisiniers et pâtissiers, (médiatisés ou non), des cuisiniers et pâtissiers professionnels et amateurs, des producteurs, des journalistes et critiques gastronomiques, des amateurs de cuisine et de vin…

On aura tendance à qualifier ceux qui partagent leurs bonnes adresses “ d’e-influenceurs food” (bien que je déteste ce terme). Nous ne sommes finalement que des amateurs de bonne cuisine ! Difficile donc de mettre un terme précis sur les épicuriens que nous sommes. 

Un compte coup de coeur, une belle découverte durant le confinement?  

Le compte Instagram de The Social Food ! Il s’agit d’un couple parisien photographes et stylistes culinaire qui a pour habitude de shooter des restaurants. Je les suivais pour leurs sublimes photos bien avant le confinement.

Depuis que nous sommes confinés, ils partagent sur Instagram une recette par jour. Leurs photos et vidéos sont aussi alléchantes qu’élégantes et leurs plats nous font voyager (parfois difficiles à reproduire, il suffit de voir les ingrédients qu’ils utilisent et leur technicité !).

@thesocialfood

Qu’as-tu observé de marquant sur les différents plate-formes en terme de création de contenu pendant le confinement ? Il me semble d’ailleurs que tu vas écrire un article prochainement sur le sujet tellement il y a eu de changements et de nouveautés. C’était assez fou, non ?

Avec mon compte Instagram Vivons Food, sur lequel je suis des profils relativement éclectiques, j’ai pu observer différents changements liés au confinement. Difficile de dire qui a été le plus créatif car de nombreux foodies ont occupé leur temps différemment. 

Côté réseaux sociaux et télé, il y a eu une augmentation des lives Instagram (majoritairement en duo – des recettes ainsi des interviews d’acteurs de la restauration), des IGTV plus massives, des chefs qui se sont lancés sur YouTube, des foodies se sont amourachés de TikTok…

D’une part d’autres chefs ont eu le privilège de passer quotidiennement à la télévision (Cyril Lignac sur M6, Juan Arbelaez sur TMC) pour cuisiner en direct depuis leurs cuisines.

D’autre part, des cuisiniers ont pris de leur temps et de leur énergie pour préparer des repas à destination du personnel hospitalier ou des personnes dans le besoin (de nombreuses associations telles que « Les chefs avec les soignants », « G Besoin De », « Collectif Solidaire », « Les Ravitailleurs », « Les Frères Laumière. ».. ont vu le jour au début du confinement).

D’autres chefs ont métamorphosé leur restaurant en épicerie pour vendre aux locaux les fruits, légumes, poissons et viandes de leurs producteurs.

Ailleurs, des agences de communication et entreprises de réservations pour restaurants ont donné des webinars aux restaurateurs afin de les accompagner à affronter cette crise (Malou et Zenchef, notamment).

Des podcasteurs food ont adapté leur format en interrogeant des acteurs du secteur sur leur vie de confinés (comme Business of Bouffe, À Poêle, Patate).

Des céramistes se sont également associés pour faire une vente d’objets en céramique où la totalité des ventes ont été reversées à des producteurs pour que des cuisiniers puissent préparer des repas au personnel hospitalier (Les Céramistes Solidaires)…

Et la liste est encore longue ! Je pense, en effet, que toutes ces actions menées feront l’objet de mon prochain article.

Penses-tu que le confinement ait accéléré une transformation digitale dans le secteur de la food (dans la création de contenu par exemple) ?

Je ne sais pas si nous pouvons parler de transformation digitale. Certains chefs sont peut-être plus présents sur Instagram depuis le pré-confinement et leur contenu “homemade” est apprécié par leurs communautés. Certains ont pu se dévoiler davantage qu’auparavant, ayant plus de temps pour s’occuper de leur image en ligne.

Il est clair que le format vidéo et plus particulièrement le live Instagram a été davantage utilisé durant ce confinement. À 19h, ce ne sont pas moins de 5 lives qui me sont proposés simultanément parmi mes abonnements – du jamais vu ! À voir comment cela se profilera post-confinement.

As-tu observé de meilleurs KPI sur Vivons Food durant le confinement (impression, posts sauvegardés, taux d’engagement…) ? Si oui, pourquoi selon toi ?

Mon nombre d’abonnés a légèrement stagné au début du confinement : les restaurants étant fermés, cela n’intéressait plus grand monde d’avoir des tentations liées aux restaurants : cela pouvait frustrer, ce qui peut se comprendre (c’est d’ailleurs pourquoi j’ai rapidement arrêté de poster mon “stock” de photos de restaurants et pâtisseries). Depuis que je poste 2 à 4 fois par semaine mes petites créations, de nouvelles personnes ont commencé à me suivre ! Reste à savoir si ces personnes resteront abonnées à mon compte une fois que j’arrêterai de poster ma propre cuisine. 

Vivons Food Gif
Compte Instagram @Vivonsfood

Penses-tu que certains influenceurs food vont continuer à cuisiner pour satisfaire leur communauté ? As-tu observé un changement dans l’audience de Vivons Food ? 

Cela ne m’étonnerait pas que certaines personnes continuent de poster leur propre cuisine, de temps à autre, bien que je doute que la majorité le fasse. 

À titre personnel, je ne pense pas continuer de le faire car j’ai créé mon compte dans le but de partager de bonnes adresses et découvertes. Mon compte Instagram n’est pas un compte “cuisine” (je n’ai d’ailleurs jamais inventé de recette, ayant piqué quelques idées à des chefs, journalistes culinaires, blogueurs food ou sites web de cuisine !). 

Cependant, je me suis découvert un réel intérêt pour la pâtisserie et cuisine faite-maison. Il se pourrait donc que je continue de partager quelques plats et gâteaux en story ! 

Concernant mon audience, j’ai effectivement remarqué que des personnes non franciliennes me suivaient de plus en plus dernièrement. 

Et dis nous, qu’as-tu observé d’original sur les comptes de foodies comme toi qui se sont mis aux fourneaux ces dernières semaines ? Vous n’êtes pas toujours experts en cuisine, il y a dû y avoir des ratés, de belles réussites comme des recettes surprenantes, non ?

Au début du confinement, certains foodies étaient perdus, ne sachant que poster entre les restaurants et pâtisseries qu’ils n’avaient pas eu le temps de mettre en avant et leur propre cuisine.

Rapidement, j’ai pu observer que la grande majorité des foodies avait arrêté de poster leurs stocks de photos, préférant présenter leurs trouvailles de commerçants de quartier et livraisons (fromages, vins, fruits et légumes, poissons, viandes…), ainsi que leurs plats ou desserts, parfois accompagnés de leurs recettes. 

Entre stories vidéos et publications Instagram, certains profils ont su se réinventer et mettre en scène quotidiennement une recette de saison comme The Social Food, Paris With Charlotte ou Alice Moireau.

Maintenant que le take away ainsi que la livraison de plats sont revenus au galop ces dernières semaines, certains foodies postent leurs commandes (comme Let Eat Be ou Foodease).

Et quand on ne se fait pas livrer, on expérimente nos skills en cuisine et on les partage avec notre communauté ! Parfois, ça peut être réussi, et d’autre fois… beaucoup moins ! La tatoueuse@les.levres.rouges a d’ailleurs épinglé une story en hommage aux fails culinaires de ses abonnés, qui m’a fait beaucoup rire (et relativiser sur mes quelques ratages).

Cooking fails @leslevresrouges
@les.levres.rouges

Quel avenir pour les foodies post confinement ? 

Avant l’ouverture des restaurants, je pense que, dans un premier temps, les foodies seront nombreux à poster leurs repas commandés ou achetés en take away (de plus en plus de restaurants bistronomiques se lancent dans la vente à emporter et en livraison). Ils continueront également de partager les bons produits des producteurs de leurs quartiers. Le mouvement #LaVidaLocale a d’ailleurs été lancé la semaine dernière sur Instagram, ayant pour objectif d’encourager les français à consommer local et indépendant – exit les Carrefour, Picard & co. 

@phamilyfirst

Dans un second temps, quand les restaurants réouvriront, il y aura deux types de foodies : ceux qui préféreront attendre septembre avant de retourner au restaurant, et ceux qui ne pourront pas attendre… À ce jour, nous ne pouvons pas encore prédire ce qui attend les restaurateurs concernant la réouverture des restaurants, cafés et bars : dans quelles mesures devront-ils accueillir leurs clients ? Quelles seront les mesures d’hygiène à respecter pour les équipes en salle et en cuisine ? Ce seront de nombreux facteurs à prendre en considération.

Que représente la nano influence pour les marques, ces influenceurs à petite audience dont les communauté peuvent parfois avoisiner les 100 followers (voir moins) et qui influencent très fortement leur followers par leurs recommandations ? As-tu été sollicité par des restaurateurs, des épiceries lors de ces derniers mois?

La nano et la micro influence (10k-50k followers*) ne doivent pas être négligées par une marque, surtout quand il s’agit d’influence de niche.

Un influenceur de niche regroupe une communauté certes plus réduite qu’un middle (100-250k followers*) ou top influenceur (+250K followers*) mais ses abonnés seront forcément intéressés par le contenu de cet influenceur.

On aura tendance à moins se méfier des influenceurs à communauté réduite, en ayant l’assurance que ce dernier n’aura pas été payé ou invité pour promouvoir un produit ou un restaurant. 

Il m’arrivait d’être sollicitée sur Vivons Food par des restaurateurs ou agences de communication avant le confinement pour découvrir un lieu ou un nouveau produit (à raison de 2 à 4 fois par mois).

Depuis le confinement, et cela se comprend, pas du tout – à quelques exceptions près ! 

Fauchon m’a expédié un kit de produits sucrés issus de leur épicerie en ligne (qui continuait à expédier leurs produits d’épicerie fine pendant confinement), La Meringaie m’a gentiment livré leur meringue, disponible chez Monoprix, pour réaliser ma propre pavlova et le restaurant The Hood (Paris 11) m’a proposé de m’envoyer un kit pour préparer un bánh mì, disponible en livraison sur Deliveroo. 

banh mi kit
banh mi kit @thehoodparis

Sinon, j’ai tendance à partager en publication les choses que j’apprécie, qu’elles soient payées de ma poche ou bien offertes.

À côté de cela, je n’ai d’ailleurs pas attendu d’être sollicitée pour partager à ma communauté les noms des producteurs (fruits et légumes, viande/poisson, crémerie, vin…) et restaurateurs qui assuraient une livraison à domicile ou en take away. Une sorte de coup de pouce à ma petite échelle !

*Ces chiffres varient selon les agences et les demandes des clients. Les données sont donc ici approximatives.

Et quand on est foodie, comment peut-on s’engager pour aider nos soignants?

Il y a beaucoup d’associations autour de la cuisine qui permettent d’aider le personnel hospitalier et les personnes dans le besoin qu’on soit foodies amateur ou professionnel  ! 

Quand on est cuisinier amateur, on peut s’engager à cuisiner ou faire de la pâtisserie de chez soi pour trois organisations différentes.

  • Culture Foood, en lien avec Les Frères Laumières (pour Paris et sa banlieue, pour un minimum de 20 personnes – pour le personnel hospitalier le plus proche de chez vous). 
  • Vos Gâteaux réunit des équipes de cuisiniers en fonction de leur géolocalisation qui seront rattachés à un groupe Whatsapp pour s’organiser entre voisins en fonction des livraisons aux hôpitaux. 
  • Les Ravitailleurs, pour les personnes dans le besoin telles que les sans-abris et les migrants (uniquement à Paris intra muros – pour 20 personnes minimum). Ils livrent un panier de féculents, légumes et fromages que l’on doit cuisiner avec des récipients pour contenir les repas).

Si l’on est cuisinier professionnel, de nombreuses associations s’offrent à eux : Les Chefs avec les soignants, G Besoin De, Collectif Solidaire, Les Ravitailleurs, Étoilés et Solidaires, En Cas d’Urgence, La Résistance des Chefs…

Comment peut-on se mobiliser pour aider les restaurateurs ? 

Cette période est très difficile à vivre pour ces derniers. Pour les soutenir, on peut acheter un futur repas, sous forme de bons, sur la plateforme Sauve Ton Resto, ou encore sur Aidons Nos Restaurants et sur J’aime mon bistrot.

On peut aussi commander des repas dans nos restaurants de quartier (la carte de la chroniqueuse de « Très Très Bon », Mina Soundiram, pour les adresses en take away et la carte des livraisons à domicile, proposée par la Mairie de Paris pour avoir une vision sur les restaurants ouverts en take away et en livraison)

Pour Paris et le reste de la France, la carte du Collège Culinaire de France (CCF) répertorie également les restaurants et commerçants de qualité, reconnus par le CCF.

N’oubliez pas vos restaurateurs et commerçants voisins, ils ont plus que besoin de vous en cette période difficile !

Merci Marie pour nos échanges ! N’hésitez pas à consulter ses articles sur le blog du MBA DMB comme sur son Linkedin pour en apprendre davantage sur la food à l’heure du digital. A très vite, pour un prochain article !